Imaginez-vous un instant dans un coin très retiré… oui, loin de toute civilisation, loin d’un village, loin de tout. Vous pensez à quel pays ? Le Canada ? Une île déserte ? Si votre esprit vous a emmené en Sibérie, c’est donc que vous êtes sur la même longueur d’ondes que Sylvain Tesson, qui a donc choisi de s’installer pendant 6 mois sur la rive du Lac Baïkal dans une petite cabane. Y vivre en ermite est ce qu’il souhaite, et la contemplation des paysages et de la luminosité sans cesse changeante occupe ses journées, en plus des menues corvées du quotidien. Ceci dit, couper du bois par – 30 degrés ne se classe pas dans les « menues » corvées, de même que d’aller chercher de l’eau ou du poisson après avoir creusé un trou de plusieurs dizaines de centimètres dans l’eau gelée du lac.

Entre février et août, la Sibérie montre bon nombre de visages, et endurcit l’homme. Mais quand vient le moment de partager un peu de compagnie, les habitants des cabanes, pêcheurs ou gardiens de la réserve naturelle, se retrouvent et vivent du bon temps en compagnie de vodka.

A travers ses journaux intimes, Sylvain Tesson partage son expérience, tantôt poétique et romantique, tantôt douloureuse, avec un langage riche en métaphores. Le vocabulaire utilisé est, pour le commun des mortels, un peu compliqué parfois, ainsi que les références littéraires venant régulièrement ponctuer les pensées de l’auteur, ce qui en font un ermite bien différent du bûcheron basique que l’on peut imaginer. Quelques passages sont un peu répétitifs, comme pourraient l’être la vue des paysages ou les journées routinières de l’homme coincé à résidence pendant l’hiver rude. L’arrivée du printemps donne cependant une nouvelle énergie au texte et relance le lecteur jusqu’aux dernières pages.

Sans aucun doute ce texte fait voyager et dépayse, car si l’on en vient rapidement à s’y voir, pourrait-on pour autant supporter cette solitude profonde ? Cependant, quand la société, vue de loin, est source d’une inspiration presque toujours négative, il est donc parfois préférable de prendre le large pour se sauver soi-même. Entre introspection et émerveillement devant la nature, l’homme ne peut en sortir que grandi,mais pourra-t-il retourner à la vie dite « normale » sans accroc ? A lire ou à voir au cinéma en ce mois de juin 2016 pour se rafraîchir un peu !