Connaissant mon goût pour la lecture et le plaisir que j’ai à parler de bons romans, une amie m’a offert “Racines”, écrit par Alex Haley, en me disant qu’il avait marqué son adolescence. Première impression en l’ayant en main : épais comme j’aime! Puis en regardant la couverture, je me suis dit que l’histoire changerait des nombreux écrits que l’on peut trouver sur la littérature afro-américaine. On y voyait quelques esclaves noirs enchaînés, vêtus d’un simple pagne, le regard complètement abattu…

Je suis tout de suite entrée dans l’histoire, et j’ai fait la connaissance de Kounta Kinté, petit africain né en 1750 faisant ses premiers pas au fin fond de la Gambie, et apprenant à vivre comme les autres membres de sa tribu, entre culture du coton et élevage de bétail. Au fil des pages, le lecteur apprend à se familiariser avec les rites du quotidien au même rythme que Kounta, et partage aussi la peur commune du “toubab”, l’homme blanc qui vient enlever des Noirs pour les manger par la suite, selon les croyances des anciens.

Tout se passe tranquillement jusqu’à ce que Kounta atteigne l’âge adulte. Mais un beau matin, ayant décidé de s’enfoncer dans la forêt pour trouver l’arbre parfait où tailler un tambour, Kounta se fait enlever par des Blancs. Terrifié à l’idée d’être dévoré, il tente de s’enfuir, sans succès, et finit par perdre connaissance sous les coups. Il reprend conscience dans le noir, dans la cale d’un bateau négrier l’emmenant jusqu’en Amérique.

Kounta Kinté est le premier maillon de la chaîne généalogique que l’auteur du roman, Alex Haley, a pu remonter. En tant que descendant direct du premier Africain transformé en esclave, Haley a choisi de traiter son histoire familiale en suivant les descendants de Kounta, pour arriver jusqu’à sa propre naissance. Le lecteur peut ainsi vivre l’histoire en même temps que les ancêtres d’Haley, de la traite des esclaves fraîchement débarqués d’Afrique, jusqu’au XXème siècle, en passant par la guerre de Sécession. Ainsi, il est plus facile de comprendre qu’histoire familiale et Histoire sont intimement liées, une fois que le lien entre les générations a été tissé.

J’ai apprécié les différents tons adoptés par l’auteur dans son récit. Alors que Kounta vit encore naïvement en Gambie, on peut facilement faire la comparaison du style d’écriture avec la manière dont l’histoire de Kirikou, le film d’animation, est conté. Les phrases sont simples, il y a peu de dialogue, on se laisse porter par un quotidien doux et tranquille. Cependant, on peut sentir un changement dans le style à partir du moment où Kounta est emprisonné et envoyé en Amérique. Le ton se durcit alors que son corps et son âme souffrent, ce qui d’ailleurs m’a donné l’impression de souffrir autant que le personnage principal… Puis le ton devient de plus en plus détaché alors que l’on se focalise sur les générations suivantes, comme si le narrateur, de même que les esclaves, avait compris qu’il ne faut plus lutter, et qu’il faut se résigner dans cette vie d’abnégation.

Si vous aimez l’histoire américaine, ou si vous voulez mieux comprendre comment l’esclavage a évolué au fil des siècles sur ce continent, je vous conseille fortement d’ouvrir “Racines”, prix Pulitzer en 1977. Vous ne pourrez pas en sortir indemne, car vous serez aux premières loges pour chercher à comprendre, souffrir, mais aussi rêver, aimer, et vous reconstruire.

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