Ukraine. Un homme voyage seul en moto, derrière laquelle il a bricolé une attache pour sa remorque vide. Il se dirige vers un endroit où il n’a pas le droit d’aller, alors il se déplace la nuit. Il s’arrête chez un couple d’amis pour le dîner, et il se met à discuter avec l’homme, très malade. Sa peau part en lambeaux et il n’a plus beaucoup de force pour sortir de son lit. Cet homme a été volontaire pour ensevelir la terre radioactive après l’explosion de la Centrale de Tchernobyl.

Le nom terrible de Tchernobyl n’est pas prononcé une seule fois au fil des pages, mais le motard dit qu’il se dirige vers Prypiat, une des villes fantôme les plus proches de Tchernobyl, car il a une mission à y accomplir. Mais qu’est-ce qui peut être si important pour justifier un tel pèlerinage sur des lieux encore chargés de radioactivité et donc interdits d’accès ? Petit à petit Gouri se dévoile en discutant avec le faible Iakov et l’émotion s’empare de chacun, y compris du lecteur, au fil des récits des personnages. On pénètre dans la sphère intime de ces gens qui ont tout perdu en ce jour du 26 avril 1986, quand la centrale a explosé. Expulsés de chez eux, horrifiés d’avoir un ennemi invisible qui s’attache à chaque cellule de leur corps, il leur a fallu recommencer une nouvelle vie plus loin… ou tenter de survivre un peu sur place pour ceux qui refusaient de quitter les lieux qu’ils ont toujours connus.

La zone interdite, qui s’étend dans un rayon d’une trentaine de kilomètres autour de la centrale, n’est pas facile d’accès, et Gouri se voit proposer de l’aide. Il parvient ainsi à pénétrer dans les forêts entourant son ancienne ville. L’ambiance est pesante, comme si l’ennemi, tapi dans l’ombre, s’apprêtait à lui sauter à la gorge. Cet ennemi radioactif, le plutonium, est partout encore car la catastrophe n’a eu lieu que deux ans plus tôt.

Le récit, au présent, permet de faire ressentir beaucoup de choses au lecteur, même s’il ne s’attarde pas sur les sentiments des personnages. Il est très pudique donc, et cependant j’ai rarement eu cette impression de vivre le récit autant qu’aux côtés de Gouri, avec cette impression d’être témoin de chaque événement en gros plan et d’étouffer, presque, en traversant les zones contaminées par la catastrophe nucléaire. Aucun apitoiement mais un vrai ressenti du poids de l’histoire de ces gens rencontrés au fil des pages. Dur d’y faire face mais nécessaire à vivre pour mieux comprendre les victimes de cette tragédie.

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