Quand on commence un roman avec une histoire d’amour entre Michael, un allemand de 15 ans, et une femme de deux fois son âge, on se dit : « Chouette, ça a l’air bien ! » Et quand, au fil des pages, on comprend que le thème est bien plus profond que ça, on se dit qu’on est tombé sur une perle rare ! Tout le monde a vu le film sauf moi, alors avec ma naïveté je ne pensais pas du tout tomber sur les procès mis en place en Allemagne quelques années après la fin de la Seconde Guerre Mondiale contre les nazis et leurs exécutants.

Hanna, la femme qui fait de notre jeune narrateur un homme, paraît bien secrète lors de leurs rencontres amoureuses. S’il parle d’elle de manière romantique, on sent sa frustration de ne pas en savoir plus sur elle ; et lorsqu’elle réapparaît de manière fortuite dans sa vie quelques années après avoir quitté la ville, c’est en qualité d’accusée dans un procès où elle aurait laissé brûler vives les femmes dont elle avait la garde, répondant aux ordres de hauts dignitaires nazis.

Comment le jeune homme peut-il se faire à l’idée que cette femme qu’il a aimée soit liée au mouvement nazi ? D’ailleurs, comment gérer le fait que la génération d’avant ait pu cautionner le Troisième Reich et laisser commettre les atrocités que l’on connaît ? L’histoire d’amour n’est finalement qu’un prétexte pour mieux observer la construction psychologique des jeunes allemands après la guerre, ainsi que leur prise de distance avec leurs aînés, point de vue peu mis en avant en littérature jusque là et donc précieux.

Ruptures amoureuse et politique se font écho, ainsi que la pudeur ou le secret installés autour des événements de la guerre et le passé d’Hanna. Le lien entre les personnages grandit à travers la lecture, comme l’indique le titre, et la découverte de la littérature permet de mieux comprendre le monde, dans une mise en abîme intéressante pour les lecteurs que nous sommes. Lire pour dévoiler l’inconnu, mettre en lien des événements a priori indépendants, en sortir grandis, et ce malgré le passif de chacun, voilà pourquoi nous existons et pourquoi ce blog existe. Continuons à vouloir comprendre, apprendre, lier, aimer et partager : les erreurs du passé ne seront pas reproduites, et la liberté de chacun restera ainsi préservée.