« Mille femmes blanches », de Jim Fergus, sorti en 2000, est un roman étonnant, qu’il faut absolument lire si vous aimez les épopées historiques dans des contrées inconnues. Nous sommes en 1875, date à laquelle le président américain a décidé d’échanger avec les Indiens d’Amérique mille femmes américaines contre mille chevaux. Ceci favoriserait la communication des Indiens avec la société blanche américaine, car si les femmes tombent enceintes de leurs maris « sauvages », il leur sera plus facile de les convaincre de s’installer dans les réserves récemment créées.

May Dodd est la jeune femme que nous allons suivre dans cette histoire. Celle qui avait choisi de vivre son amour en dehors des liens du mariage (quelle indécence!) fut placée en hôpital psychiatrique par ses parents qui la considéraient comme folle. Ainsi, comme des centaines de femmes emprisonnées ou internées à l’asile, elle se vit proposer le choix suivant : soit elle restait dans cet enfer hospitalier à vie, soit elle partait vers l’ouest, où elle se marierait avec un Indien et fonderait une famille en toute liberté. May prit rapidement sa décision et partit, accompagnée de dizaines d’autres femmes avec qui elle se lia d’amitié, vers les contrées quasi inexplorées de l’ouest américain.

La communication avec les Indiens, une fois qu’elles furent arrivées, a été difficile à mettre en place. Mais la richesse de leur rencontre ne peut qu’émouvoir le lecteur, et fait simultanément penser à cet incontournable film, « Danse avec les loups ». Au fil des pages, le lecteur se sentira intégré petit à petit dans la tribu, à travers les mots que May dépose presque quotidiennement dans son journal. Vous serez ainsi témoins de moments drôles, tendres, mais aussi parfois terriblement choquants. Les guerres entre tribus indiennes ou contre l’armée américaine ne vous laisseront pas indemnes.

Historiquement parlant, il n’y a pas de traces qu’un tel traité entre Indiens et Blancs eut lieu. Cependant, il est probable que de tels arrangements aient pu se produire officieusement. Les femmes à la fin du XIXe siècle avaient peu de droits. C’est d’ailleurs ce qu’on ressent dans le discours de May Dodd : elle a l’air si détachée du sort qui l’attend, celui d’être envoyée chez les sauvages dans un rôle de simple prostituée reproductrice… ce ton, à la fois naïf et léger, pourra être gênant pour les féministes qui liront ce roman. Mais malgré cela, Jim Fergus a su écrire un roman dont il est difficile de se détacher avant la dernière page. Vous passerez, je le pense, un bon moment, et vous ne regarderez plus les Amérindiens, tels qu’on les appelle maintenant, du même œil.

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