A l’occasion de cet armistice de la Première Guerre Mondiale, le devoir de mémoire s’impose, et je pense avoir trouvé le meilleur récit qui soit pour parler de la vie terrible que les Poilus ont vécue dans les tranchées.

A travers ses carnets de guerre, le narrateur/auteur raconte la guerre des tranchées et le quotidien de son escouade, trouvant le temps d’écrire entre deux assauts. Il décrit longuement l’accoutrement de ses camarades, et prend soin de retranscrire au plus près de la réalité la manière dont chacun parle, (avec argot et accent), ce qui perturbe parfois la compréhension du lecteur, un siècle plus tard.

Chaque aspect de la guerre est abordé au fil des pages : les déplacements, l’ignorance des soldats quant à ce qu’on attend d’eux, la colère envers les planqués qui ne risquent pas leur vie, l’organisation hiérarchique des armées, la faim et le froid, le Poste de Secours, et bien sûr, le front avec ses affrontements terrestres et bombardements.

Le plus marquant au fil des pages est la description des champs de bataille : l’auteur parle de manière très réaliste des corps des soldats tombés au front dans une vision cauchemardesque. Certaines scènes sont étouffantes, et le lecteur baigne dans la boue au milieu de la nuit, à la lumière des bombes qui explosent de toutes parts. Cependant, et sans doute par auto-protection, le narrateur prend garde à ne pas mettre en avant ses impressions, ses humeurs, son dégoût, sa panique. Ainsi, on sent que ce récit n’est pas une manière d’expulser ses tortures psychologiques mais plutôt un témoignage réfléchi sur les tranchées pour informer de la réalité des choses, ce qui est d’ailleurs chose faite puisque dès 1916 une partie de ces carnets a été publiée dans des journaux nationaux et a permis à Henri Barbusse de gagner le prix Goncourt cette même année.

C’est un récit qu’on ne peut lâcher, car le lecteur est presque littéralement plongé dans la tranchée et se prend de sympathie pour chacun des soldats de l’escouade. De plus, la mise en chapitres titrés et bien distincts permet d’aborder différents thèmes de la guerre sans lasser et de maintenir un suspense particulier sur le sort de l’escouade.

Une petite dose d’humour cependant, chers lecteurs, à travers les insultes de l’époque, que je ne résiste pas à partager avec vous : bec de puce ! Face de noix! Bec de moule ! Affreux pou ! Peau de derrière !

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