1Q84 : livre 1

Avez-vous déjà eu un coup de foudre…? Sur un livre, je veux dire? Parce que quand mon regard à croisé “1Q84”, je n’ai pas compris ce qui s’est passé, et j’ai su au plus profond de moi que je devais l’acheter, cette édition magnifique quoique assez chère, regroupant les trois volumes, et en anglais en plus!!! Bon ça va, je vous rassure, je suis à l’aise dans la langue de Shakespeare 😉

J’ai commencé à lire le roman sans savoir du tout de quoi il parlait, et j’ai fait la connaissance des deux personnages principaux, Tengo, jeune écrivain, et Aomame, prof d’arts martiaux.

J’ai pensé au début être entrée dans un roman réaliste, ancré dans le Tokyo de l’année 1984, passant un chapitre sur deux sur chaque personnage. Ils paraissent normaux, vivent leur vie sans s’encombrer de superflu… On demande à Tengo d’aider une jeune écrivaine à la personnalité particulière à remettre en forme un manuscrit très prometteur, alors qu’Aomame, après avoir tué froidement un homme (on ne le voit pas venir!) se rend petit à petit compte que le monde qui l’entoure ne correspond pas exactement à celui dans lequel elle croyait vivre. On se demande en quoi nos personnages, ne se connaissant pas, peuvent avoir un point commun. On ne sait pas non plus vers quoi on va, pendant ces 100 premières pages, ainsi que l’enjeu du livre, mais finalement on comprend comme Aomame que le monde n’est pas tout à fait comme il est censé être, ce qui justifie le titre, “1Q84”, et le Q ramenant au Questionnement lié à ce monde de 1984 mais qui ne l’est pas vraiment. Pour l’anecdote, le “Q” du titre se prononce à l’anglaise au Japon, imitant par la même occasion la prononciation du “9” en japonais, [kju:].

En avançant dans l’histoire, on découvre petit à petit qui sont nos protagonistes, et leur personnalité plus complexe se dévoile. D’autres personnages apparaissent, et marquent le lecteur par leur singularité. Qui est cette jeune Eri, fascinante et intimidante à la fois? Ou bien cette vieille aristocrate dont on ne connaît pas le nom, mais qui paraît tellement déterminée?

L’écriture est à la fois pudique – comme souvent l’est l’écriture asiatique, sans s’encombrer de fioritures afin d’aller directement à l’essentiel – et suggestive lors de scènes charnelles. Il n’y a pas de filtre pour nous camoufler quoi que ce soit, et cela donne au lecteur un confort tout particulier.

Quant au surnaturel, il se dévoile lui aussi de manière très pudique, par petites touches, et principalement dans le dernier tiers de ce Livre I. Une scène est marquante, révélée au clair de lune, et peut arriver un tant soit peu comme un cheveu sur la soupe, si le lecteur s’est trop attaché au côté réaliste du récit. Mais cela ne gâche en rien ce roman qui est à mes yeux très réussi.

1Q84 : Livre 2

En cette terrible semaine où la main de Dieu (ou peut-être simplement un postillon d’un de mes élève…) m’a transmis la grippe, j’ai été plus que reconnaissante d’avoir en ma possession la suite de “1Q84” pour tuer le temps (et pas l’élève en question…). J’y ai trouvé un deuxième opus qui m’a paru encore plus réussi que le premier, si c’est possible, et une histoire confirmant son passage tout en douceur dans le surnaturel.

Nos personnages principaux sont toujours Aomame et Tengo, que l’on suit encore de manière alternée un chapitre sur deux. Petit à petit on nous dévoile le lien qui les unit, sans qu’ils se rencontrent, et en quoi ils peuvent être liés à cette sombre histoire de groupe religieux que l’on appelle “Sakigake”.

Tengo, toujours dans l’ombre, a fini d’aider Fuka-Eri à récrire son histoire, Air Chrysalis, devenu d’ailleurs best-seller. Aomame, initialement engagée dans une lutte personnelle, accepte une nouvelle mission menant à la mort d’un homme qu’elle ne connaît pas.

L’action est principalement menée par Aomame sur ce deuxième volume, alors que Tengo paraît se complaire dans une routine ennuyeuse, mais somme toute rassurante, et ce malgré une proposition alléchante faite par un personnage assez repoussant dans son genre. Ses habitudes sont toutefois modifiées petit à petit, comme si le destin de Tengo ne lui appartenait désormais plus.

Certains personnages secondaires prennent de la profondeur, d’autres disparaissent, ce qui donne au lecteur l’impression que l’équilibre du livre 1 est rompu, et que l’on cherche à établir un nouvel environnement stable dans ce monde particulier de l’année 1Q84. Le bien et le mal paraissent à la fois plus visibles, mais aussi parfois tellement indissociables…

La tension monte en puissance, le suspense aussi, on se demande où cela va s’arrêter! Et puis que révèle cette deuxième lune apparue dans le ciel, qu’Aomame paraît être la seule à voir depuis quelques mois? Jusqu’aux dernières pages, on ne sait à quoi s’attendre, et le lecteur reste en haleine…

Quant à moi, je crois que je vais aller fréquenter de près Dieu (ou d’autres élèves) pour récupérer encore quelques microbes, et pouvoir rester au chaud sur mon canapé pour lire tranquillement le troisième et dernier volume de “1Q84”…

1Q84 : Livre 3

Enfin, je ferme le troisième volume de “1Q84” de Murakami… oh, non pas que je me suis ennuyée, loin de là! Mais lire trois volumes d’un coup sans pause, ça n’est pas dans mes habitudes, et j’ai l’impression d’avoir oublié de respirer à chaque point…

Quelques changements ont lieu quant à l’organisation des chapitres, car plutôt que de suivre tantôt Tengo, tantôt Aomame, on intercalle des chapitres sur cet être bizarre et laid rencontré dans le livre 2, Ushikawa… que vient-il faire ici, si ce n’est fouiner dans l’histoire de nos deux protagonistes, comme il l’avait fait avec Tengo auparavant?

La modification de la structure du livre, avec ses trois personnages principaux, donne un peu de fraîcheur à l’histoire, d’autant plus que l’on découvre un nouveau style, se rapprochant peut-être d’un detective story.

On y trouve toujours du suspense – quoique à un niveau plus élevé – , du surnaturel – qui devient plus naturel à mesure qu’on s’y habitue – et un peu de romantisme – ce qui ne gâche rien.

Les références littéraires ou musicales sont là également, comme dans les livres précédents, et donnent vraiment l’impression d’être dans un monde réel, plein d’histoire et d’histoires. J’ai presque eu l’impression d’être moi-même japonaise en 1984 à Tokyo, et d’y avoir vécu à ce moment-là!

Le rythme donné à l’histoire ne s’accélère pas beaucoup au cours des trois livres, mais il permet justement de dépeindre cette impression de réalité, et de routine (plus ou moins modifiée pourtant).

Je ne vais pas vous dévoiler la fin de la trilogie, mais je dois avouer que je suis assez frustrée… un beau changement de situation sur les dernières pages, et… j’en veux d’aaaaaaaautre! Je veux encore suivre les personnages et savoir ce qu’ils vivent! A priori pas de Livre 4 à venir, ce qui laisse le lecteur tout loisir d’imaginer la suite, mais quand mêêêême!

En guise de conclusion, je tiens à souligner que “1Q84” est l’un des livres les plus riches à lire et étudier que j’aie lu ces derniers mois. Tout paraît pensé jusque dans le détail, et la lecture au niveau métaphorique permet une multitude d’interprétations sur le sens de la vie, le rapport à l’autre, le rapport à soi-même aussi… C’est un Must à avoir dans sa bibliothèque, et si vous en ressentez la richesse comme moi, vous vous surprendrez plus d’une fois à méditer sur son sens…

A bientôt dans vos commentaires pour en discuter! 🙂

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