Être dans l’enseignement n’est pas de tout repos, on le sait bien. Mais quand là-haut on nous demande de faire un voyage en Angleterre pour nos chères têtes blondes, il y a de quoi paniquer pour les profs qui n’ont pas à leur actif un BTS tourisme. Et c’était mon cas !

Une généreuse collègue a bien voulu jouer les Gentilles Organisatrices et me prendre sous son aile pour me former à l’organisation d’un voyage en Angleterre pour mes petits 4èmes. Nous voilà donc parties à lancer des devis ici et là, et trouver le voyage le plus complet et le moins coûteux, le faire voter au CA du collège, et ça y est, le moment de grâce quand on annonce aux enfants qu’un voyage surprise en Angleterre aura bien lieu début avril, j’ai presque senti l’auréole de lumière naître de ma blonditude sous les yeux des élèves. D’un seul coup, plus un bruit, une attention historique en leur annonçant qui, quand, où et pourquoi.

Étant trop nombreux et pour les départager, je leur avais demandé de m’écrire une lettre de motivation en anglais, en me disant que ça me faciliterait les choses, mais finalement j’ai reçu plus de lettres que de devoirs maison en temps normal ! Oh le bonheur de ne pas avoir à courir après les copies, et d’être celle que l’on poursuivait pour avoir sa chance de croiser la Reine quelques semaines plus tard !

Le jour du départ est arrivé. Chacun présente sa carte d’identité à la montée dans le bus, muni de son petit oreiller pour la nuit à venir, et enfin, les coucous effectués aux mamans apeurées de voir partir leur enfant de l’autre côté de la Manche chez nos ennemis historiques, la semaine de bagne peut commencer.

Euh, la semaine de vacances plutôt, me direz-vous ? Un peu des deux, si on regarde bien ! Que de belles choses nous avons vues ! Des musées, pleins de musées, histoire de justifier l’attrait pédagogique de notre excursion dans le grand nord, mais aussi de la musique dans l’antre des Beatles, du football au stade de Manchester United, et de la marche, beaucoup de marche dans les rues de Londres. Une chose est sûre, l’immersion a été quasi totale pour les élèves dans les familles d’accueil, même s’ils n’ont pas eu droit à leur English breakfast mais plutôt aux toasts et corn flakes. Le dépaysement s’est fait aussi par les moyens de transport, avec la conduite à gauche, le ferry boat ou le shuttle du Tunnel sous la Manche (d’ailleurs, un élève un peu perdu a quand même fait la remarque que « le train, il avance plus vite d’un côté que de l’autre ! »… euh, moment de solitude… comment te dire… ? il faut arrêter les boissons énergisantes, là… !).

Un peu de bagne aussi, ne l’oublions pas, car à chaque pause pipi sur les trajets, ou bien chaque coin de rue, il fallait compter, recompter, rererecompter les élèves pour s’assurer qu’on n’en avait pas perdu un ! Les passages pour piétons à Londres ont aussi été compliqués à gérer, car les Londoniens, piétons ou pas, passent quand c’est vert ! Sans oublier les petits soucis de shopping de nos petits français, perdus avec ces livres sterling : « Mais madame, pourquoi ils font pas comme nous les anglais, et qu’ils n’ont pas d’euros ? » « Madaaaame, combien ça coûte 6,99£ ? C’est pas cher ?»…

Je dois avouer que jouer les mamans avec certains ne m’a pas déplu, et de les voir communiquer en anglais avec les autochtones m’a rendue très fière d’eux, alors qu’en classe, je suis désespérée de ne pas réussir à leur faire apprendre leurs verbes irréguliers ! Ils étaient heureux, mes petits, de pouvoir jouer les grands dans les centres commerciaux et d’acheter des souvenirs pour leur famille. On a même vu un petit couple se former sur le chemin du retour !

Il restera donc de bons souvenirs pour chacun, et même pour nous, les profs, qui avons su relâcher la pression une fois que les élèves ont eu le dos tourné (ah, rien de tel qu’une bière le soir au pub!).

Finalement, j’y serais bien restée, là-bas, avec mes élèves… mais quel plaisir aussi de retrouver un rythme normal une fois de retour chez soi, et 24h de sommeil plus tard ! Enfin, du sommeil entrecoupé de comptage, de recomptage, de rererecomptage, pour vérifier qu’on n’en a pas perdu un… mince, si, il en manque un, et puis que font toutes ces livres sterling là ? Et toi, là ! Ne traîne pas au milieu des passages pour piétons, tu vas te faire écraser ! Ah, ouf, c’était juste un cauchemar…

Bon… Avant le prochain voyage, je vais peut-être attendre un peu…

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