Parler de ses lectures et ne jamais avoir abordé des écrits de Gabriel Garcia Marquez, c’est impardonnable, non ? Heureusement que les « Chroniques d’une mort annoncée » se sont révélées à moi au détour d’un vide-grenier.

Comme le titre l’avoue, aucun suspense dans ce roman puisque la mort du personnage est annoncée au lecteur dès les premières pages… et au personnage au sein de l’histoire ! En effet, deux frères décident de venger la perte de virginité de leur sœur en le poignardant, mais non sans avoir prévenu tout le village de leur intention, comme s’ils souhaitaient être stoppés dans leur démarche. Cependant, le premier concerné étant toujours le dernier au courant, Santiago Nasar, le futur mort, ne l’apprend que trop tard et il succombe à ses blessures après une scène étonnamment « gore », que le narrateur garde pour les dernières pages.

Cinq chapitres forment ce récit, mettant en avant tout ce qui a pu se passer autour de ce crime. Les propos de tous les gens du village ont été recueillis de nombreuses années plus tard par le narrateur, un ami de la victime, et sont retranscrits quasiment comme une reconstitution policière, avec les recoupements et oppositions que l’on peut imaginer quand la mémoire est défaillante ou que la culpabilité crée une nouvelle réalité. On imagine le travail de fourmi du narrateur, qui revient sur de multiples détails afin de donner une grande vue d’ensemble sur ce qui s’est passé les dernières minutes avant le drame. Ces détails, loin d’être pesants, sont jubilatoires car rien dans le crime ne paraît être lié au hasard.

Entre fatalité et humour, la plume de Garcia Marquez aborde avec originalité le thème de l’honneur, des traditions colombiennes et de la conscience humaine, démontrant une réelle richesse qui ne remet pas en cause son prix Nobel de littérature en 1982, un an après avoir publié ce roman. Les tournures de phrases peuvent paraître un peu vieillies aux lecteurs d’aujourd’hui, et l’utilisation du prénom ainsi que du nom de famille à chaque fois que les personnages sont mentionnés surprendront aux premières pages ; rapidement pourtant, on les oublie et on se laisse avaler par la scène « rembobinée », puisqu’elle commence par la fin pour remonter à son origine. Un petit bijou littéraire !

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