« J’ai toujours su que le bonheur, c’était de ce contenter de ce que l’on a, de s’accepter tel que l’on est. »

En prenant ce livre, j’ai pensé à ma mémé Marie, qui allait garder ses chèvres dans les champs du sud Deux-Sèvres dans sa jeunesse. Disparue depuis une bonne dizaine d’années à présent, sa mémoire reste encore fraîche, et ce qui peut me rapprocher d’elle me fait toujours énormément de bien. Mais ce roman, basé sur une histoire vraie d’après l’auteur, n’est pas seulement l’histoire de mon arrière grand-mère. Chaque personne née au début du XXème siècle à la campagne pourra s’y retrouver, et partager par la même occasion le point de vue sur tous ces changements qui ont pu avoir lieu sur ces quelques décennies.

En effet, la jeune Marie, que l’on avait retrouvée bébé dans un champ où les moutons paissaient, était loin de s’imaginer cette belle vie qui allait s’offrir à elle. Adoptée par un brave homme puis par un vieux couple aimant dans son causse près de Rocamadour, elle a grandi au rythme des saisons et à la chaleur du troupeau qu’elle avait à sa charge. Avec ce valet de ferme si gentil que ses parents adoptifs avaient embauché, elle se sentait bien, et il lui a promis de l’épouser à son retour de la guerre de 14. Dans les campagnes les gens n’étaient pas vraiment touchés par la guerre, mais quand Florentin est rentré il était différent, traumatisé par ce qu’il avait vu…

Le mariage a eu lieu un peu plus tard, les enfants sont arrivés, ont grandi, sont partis faire leurs études et ont trouvé une bonne situation. Marie a perdu son mari, a trouvé son réconfort avec ses brebis, et a vu le monde évoluer à grande vitesse à partir des années 70. Elle renvoie régulièrement à ses 80 ans passés à présent, et le récit à la première personne permet de mêler à la fois ses observations du monde aujourd’hui et ses souvenirs ensoleillés. Nul doute que le discours, comme la mémoire, est sélectif, mais il en ressort un grand bonheur d’avoir pu passer sa vie au grand air, loin des tracas de la ville. Vivre avec ce dont on a besoin, au rythme des saisons, des fêtes au village, et entouré des siens, voilà qui est la clé de ce bonheur. Elle ne rejette pas pour autant le monde d’aujourd’hui avec son progrès, mais elle souligne les valeurs qui ont pu se perdre avec le temps.

L’auteur écrit quelques lignes en fin de récit pour expliquer que Marie lui a conté son histoire et qu’il n’a fait que la restituer sur papier. C’est donc un roman biographique, et cette information tardive donne plus de profondeur encore au roman… ainsi qu’une petite larme sur les dernières pages en pensant à ces personnes âgées aujourd’hui qui trouvent refuge dans leurs jolis souvenirs pour réchauffer leur âme mise à l’épreuve dans une société qu’ils ne comprennent plus vraiment.

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