On connaît tous l’histoire de Peter Pan revisitée par Disney, mais le conte original est un peu moins connu ! Moins aseptisé aussi… Néanmoins, qu’il est doux de voir apparaître Peter par la fenêtre de la chambre de Wendy, à la recherche de son ombre emprisonnée à sa dernière visite ! Quelques vaines tentatives pour la recoller à ses pieds avec du savon donnent le champ à Wendy de montrer son côté pratique, et Peter l’emmène avec ses deux frères vers le pays imaginaire, Neverland.

Jusque là, pas grand changement, vous me direz. Certes, mais l’arrivée sur l’île fait son effet lorsque les enfants perdus, les Peaux Rouges, les Pirates et les animaux sauvages se pourchassent tous, assoiffés de sang… Une scène ou deux mettent d’ailleurs en avant ce besoin de voir mourir, voire de faire mourir, malmenant l’inconscient dans un conte soi-disant pour enfants !

En grandissant, le lecteur prend conscience des sens multiples à trouver dans ce récit. Le plus évident est la relation que l’on a avec le temps qui passe, tel le Capitaine Crochet, terrifié d’entendre le tic-tac de sa montre dans le ventre du crocodile, lui rappelant métaphoriquement que l’heure de sa mort approche et que rien ne sert de fuir face à son destin ; ou bien le refus de voir le temps passer chez Peter, qui choisit de rester enfant pour s’éviter les tourments des adultes.

On comprend aussi que notre société a bien évolué quand on voit Wendy débordante de bonheur à l’idée de jouer à la maman avec les enfants perdus, en femme au foyer parfaite et aimante. Les féministes crieraient au scandale si cette histoire parue en 1911 devait sortir à présent ! Peter Pan lui-même entre dans ce jeu où il se complaît à jouer le patriarche décidant tout et que personne n’ose contester.

Quoi qu’il en soit, la lecture de ce conte est facilitée par la présence très marquée du narrateur omniscient via le pronom « je », posant des questions ménageant le suspense ou se promenant d’un personnage à un autre de manière très aérienne. Il donne au lecteur cette impression d’être lui-même retombé en enfance, à écouter de belles histoires au coin du feu ou confortablement installé au lit avant de s’endormir. Pas de doute qu’un monde où les règles s’inventent au fur et à mesure fait toujours rêver, même à 30 ou 50 ans. Michael Jackson l’avait compris, Neverland est l’endroit où l’on rêve de vivre ! Tirez-en vos conclusions. Moi, je vais aller vivre mes rêves 😉

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