Tous ceux qui ont étudié jusqu’au bac avec comme LV2 l’espagnol ont forcément du tomber sur un texte d’Isabel Allende, non? C’est en tout cas ce qui m’est arrivé, et j’ai tellement apprécié son écriture que quelques années plus tard je me suis offert “Eva Lunapour satisfaire ma curiosité (et ma flemmardise aussi car je l’ai lu en français, du coup ^^)

L’histoire se situe quelque part en Amérique du Sud, dans le courant du vingtième siècle. Le pays, hispanophone, n’est pas nommé mais on sait qu’il a subi plusieurs dictatures et une guerilla révolutionnaire. La narratrice a partagé son histoire en deux grands pôles : elle conte son histoire personnelle, en commençant par l’enfance de sa mère, Consuelo ; puis elle parle aussi de ce jeune Allemand émigré chez de la famille en Amérique du Sud, Rolph Carlé. Le lien entre les deux personnages n’est pas explicite, mais le lecteur comprend qu’ils seront amenés à se rencontrer.

Eva Luna, la narratrice, a été appelée ainsi car Eva renvoie à la vie, et Luna renvoyant au nom de la tribu de son père: avec ce nom, elle pourra croquer la vie à pleines dents, de jour comme de nuit… mais sa vie ne s’annonce pas si facile. Issue d’une famille pauvre, elle est placée comme bonne pendant plusieurs années au service de familles bourgeoises, et voit ainsi les travers de la nature humaine : narcissisme, perversité, violence n’en sont que quelques exemples. Son chemin la place aussi dans une maison close, recueillie après s’être enfuie par une mère maquerelle qui la prendra sous son aile quelque temps et essaiera de l’élever correctement. Puis le hasard la mènera chez Riad Halabi, turc émigré récemment, qui lui permettra de se cultiver et ainsi de s’élever dans la société.

Les rencontres d’Eva mettent en avant de nombreux personnages caricaturaux et burlesques. On passe du rire aux larmes en quelques pages, et on grandit avec elle. La description de la société sud-américaine se fait plus fine au fil des pages, au fur et à mesure elle grandit. Eva apprend à maîtriser les mots en prenant de la maturité, ayant toujours aimé soulager son quotidien en inventant des histoires et en les partageant avec les personnes de son entourage. On voit donc naître une conteuse hors pair, ce qui nous renvoie au travail impressionnant de l’auteur, Isabel Allende, qui mérite son statut d’écrivain exceptionnel. Le vocabulaire est riche et varié, les structures des phrases sont un délice pour les amateurs de belles tournures… voilà un grand roman à lire pour se dépayser et retrouver le goût acidulé d’une littérature qui ne vieillira pas!