C’est surprenant parfois comme on peut « flipper » en lisant les premières pages d’un roman. On ne trouve pas nos marques tout de suite, on débarque in medias res et on se demande comment notre narrateur peut bien faire du cheval au milieu des ventilateurs. Et puis on s’accroche, on détricote le contexte, on le retricote et c’est parti pour une nouvelle aventure. Ici en l’occurrence notre cavalier a bien les cheveux dans le vent, et se trouve être une petite fille de 5 ou 6 ans à l’imagination fertile. Elle débarque en Chine dans les années 1970 auprès de ses parents venant d’y être mutés et comprend que dans un pays communiste on n’a pas de climatisation, alors on a des ventilateurs partout.

Le « ghetto » dans lequel les chinois parquent les diplomates européens se révèle être un microcosme intéressant : les adultes disparaissent totalement dans l’écriture de la narratrice et les enfants y prennent tout l’espace. Leur jeu préféré : se faire la guerre en reproduisant quelque peu les alliances de la Seconde Guerre Mondiale afin de mener la vie dure aux allemands ! On pourrait rapprocher ce récit de « Sa Majesté des Mouches » ou « La guerre des boutons », car les enfants prennent un malin plaisir à mettre leurs prisonniers dans des situations embarrassantes !

Mais l’arrivée de nouveaux enfants avec leur famille dans le ghetto pourrait changer la vie de la narratrice. Une étrange fascination s’empare de la jeune narratrice et le récit se détourne presque de la guerre pour ne se consacrer qu’à cet amour qui peine à trouver sa réciprocité. Vers quoi se dirige cette relation ? La narratrice devra-t-elle choisir entre guerre et une amitié amoureuse ?

C’est un roman à caractère autobiographique car on retrouve, entre autres, le trajet que le père de l’auteur a fait faire à sa famille lors de ses mutations au Japon puis à Pékin, le pays de la « beauté » étant quitté pour celui de la « laideur » d’après les mots de la narratrice. La grande culture de l’auteur se mêle aussi habilement à travers ces pages via des références littéraires, philosophiques ou langagières dépassant parfois les connaissances de la lectrice lambda que je suis ! Mais cela n’entache en rien le plaisir que l’on a à retrouver le monde d’Amélie Nothomb à chaque livre… vivement le prochain !