Une fois n’est pas coutume… je voulais me dépayser et suivre les pas des premiers australiens sur une longue épopée de presque 700 pages dans la langue de Shakespeare, et puis je n’ai pas réussi à me laisser pleinement aller. Ce n’est pas par manque d’intérêt pour l’histoire, car l’angle de vue est intéressant : il s’agit dans ce roman de raconter l’histoire d’un homme né au milieu du XXème siècle en abordant chaque membre de son arbre généalogique, d’où son titre Forefathers (en français, « les aïeux » ou « ancêtres »).

Heureusement pour le lecteur, les arbres généalogiques de ses deux parents sont dessinés dès les premières pages ! Car si on peut déjà connaître la fin de l’histoire (en la naissance de Joseph Forbes King), l’auteur choisit de se focaliser sur ses arrière-arrière-arrière grand-pères des côtés Forbes et Brown. Au fil des pages, on les suit sur leurs choix de carrières et de voyages, jusqu’à ce qu’ils aient des enfants, donnant le feu vert pour changer de protagonistes.

Ainsi, on donne au lecteur un panorama de ce à quoi ressemblait l’Australie au cours du XIXème et XXème siècle : les premiers colons, les lois en vigueur à l’époque ou l’Australie était territoire britannique, la manière dont les prisonniers envoyés du Canada ou d’Angleterre travaillaient avant de regagner leur liberté, et la place qui était donnée aux Aborigènes. Les ancêtres de Joseph Forbes King ont vu le pays évoluer à grands pas, entre le mode d’élevage des moutons pour leur laine et les plantations de canne à sucre, sur fond de révoltes sociales donnant lieu à la construction des lois autour du travail.

Il est aussi intéressant de voir combien un australien de souche peut être métissé ! En l’espace de 6 ou 7 générations, le sang anglais s’est vu mêlé aux sangs canadien, irlandais, écossais, portugais ou aborigène, et on comprend combien ces pays « nouveaux » comme l’Australie ou les Amériques se forment une identité propre en acceptant, parfois non sans mal, ce « melting-pot », pour reprendre un terme bien connu lié à la civilisation américaine ; non sans mal car le sort des Aborigènes a pendant longtemps été compliqué. Tantôt esclaves, tantôt ethnie à défendre, leur place dans la société a été acquise après de durs combats et beaucoup de patience. Même les enfants de couples métissés ont ainsi subi la dure loi des colons blancs, au même titre que la population noire en Amérique ou en Afrique du Sud.

Je ne saurai vous raconter la fin, comme je vous l’expliquais en introduction. L’histoire australienne est passionnante, mais ce roman est probablement trop civilisationnel pour en faire une lecture de chevet. Les amoureux de la généalogie ou de l’histoire de ce pays aux antipodes y trouveront une perle rare, mais j’imagine que ce n’est pas ce qu’il me fallait à ce moment précis. Alors Forefathers va retrouver sa place sur son étagère jusqu’à ce que ma soif d’aventures australiennes se rappelle à moi. 🙂

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