En lisant la préface de Louis Aragon, qui vantait les mérites de ce récit, j’ai pensé qu’il exagérait : quand même, dire que c’est la plus belle histoire d’amour du monde, c’est gonflé… et Roméo et Juliette alors ?

Finalement, petit à petit, je suis entrée dans ce monde si loin de nous, celui d’un pays dont je n’avais jamais entendu parler – le Kirghizstan – mais qui existe bel et bien, et qui a lui aussi souffert de la Deuxième Guerre Mondiale. Alors que les hommes étaient partis au front, les femmes et les jeunes restaient travailler dans les kolkhozes pour le bien du pays. Notre narrateur fait partie de ceux-là. Adolescent, il raconte l’organisation des familles et du travail, et nous présente la femme de son frère soldat, Djamilia, avec qui il est très ami.

Les journées d’été s’organisent autour du travail dans les champs et des voyages à la ville pour y amener les récoltes. Un beau jour, Danïiar, soldat blessé, vient s’installer dans le village et travaille avec eux. Les premiers temps, il est pudique et ne dévoile que peu de choses de lui, mais petit à petit l’attrait qu’il ressent pour Djamilia se dévoile…

Le récit en lui-même est agréable et invite au dépaysement, à travers les paysages de steppes infinies et les voyages en calèche. Tout est dit de manière poétique et place parfaitement les fondations d’une histoire d’amour intense. Les quelques mots de kirghiz placés ici et là contribuent à donner l’impression au lecteur qu’il est là-bas, mais une lecture pointillée du texte peut faire perdre le fil et donc la mémoire liée au sens de ces mots. Il faut néanmoins ajouter que ces mots délibérément gardés par le traducteur permettent de rendre hommage à la création toute récente de l’alphabet kirghiz, et donc des premières traces de littérature écrite de cette nation. Un petit bijou asiatique !

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