Récemment je me suis rendue compte que je n’avais jamais lu de Jean Cocteau. Tout le monde connaît son nom mais qui peut citer une de ses œuvres, hormis une poignée d’entre vous? Il a fallu remédier à ce manque, et trouver ce dramaturge publié en format de poche m’a grandement influencée (c’est bien connu, les livres se rangent mieux, quand on en a des centaines, s’ils ont tous le même format!).

Aucune idée de ce que j’allais trouver dans cette pièce, « La machine infernale »… Je n’ai même pas lu l’introduction pour ne pas être influencée ! Ainsi, je découvre avec surprise que la première scène fait très écho à celle de Hamlet de Shakespeare, en mettant en scène des soldats discutant du roi mort sur le mur d’enceinte de la cité : un clin d’œil à son travail ? Un pastiche ? Puis la pièce prend ses distances et Œdipe (celui du syndrome) tente d’éviter de prendre le chemin évoqué par un oracle, celui de tuer son père et d’épouser sa mère.

Cocteau, comme de nombreux autres auteurs du XXème siècle, a choisi de reprendre les classiques grecs et de les adapter à son époque. Le face-à-face d’ Œdipe avec le (la) Sphinx surprend dans ses choix, tant dans la manière dont Œdipe le vainc que dans la présence du dieu égyptien Anubis. D’autres modifications du mythe original pourront surprendre, de même que l’étonnante modernité du texte, n’ayant pas vieilli depuis 1934, année pendant laquelle la pièce a été jouée pour la première fois. Humour et tragédie se mêlent, libérant l’angoisse du spectateur dans une grandiose scène finale basée sur le texte de Sophocle, « Œdipe roi ». Cocteau parvient à faire du neuf avec du vieux grâce à un ton moderne, et la présence de la Voix en introduction à chacun des 4 actes permet de guider le spectateur à sa guise, maintenant une certaine forme de suspense et de distanciation avec l’histoire elle-même, telle un personnage omniscient voulant ménager son effet… La machine infernale renverrait-elle, comme cette voix, à l’idée d’un destin tout tracé, dont on ne peut pas fuir ? Le libre arbitre n’existe-t-il donc pas ? Ne luttez pas si le destin vous impose de lire cette pièce jusqu’au bout…! 😉

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