Oh quelle jolie découverte avec ce titre alléchant! Beignets de tomates vertes se passe dans l’Alabama près de Birmingham, où un hameau vit au rythme des trains qui le traversent. Un petit bar y a d’ailleurs ouvert pendant la Grande Dépression de 1929, le Whistle Stop Café, tenu par deux femmes respectées de tous : elles accueillent les gens de passage comme les habitants du village, qu’ils soient blancs ou noirs… ce qui leur attire les foudres du Ku Klux Klan. La spécialité du café ? Les beignets de tomates vertes, bien sûr !

Le récit se déroule sur plusieurs niveaux. Le récit principal se passe en 1986, lorsqu’Evelyn rencontre Ninny Threadgoode à la maison de retraite où son mari rend visite à sa mère. Mrs Threadgoode, tout de suite en confiance, raconte sa vie à Evelyn, pourtant inconnue, tous les dimanches, ce qui permet à cette dernière d’oublier ses difficultés quotidiennes le temps d’un après-midi. Elle se prend de passion pour la famille Threadgoode et son histoire autour du petit bar de Whistle Stop, et chaque membre de la famille prend vie dans son imaginaire…

C’est aussi ce qui se passe pour le lecteur : les personnages prennent vie à la fois dans les chapitres sur Mrs Threadgoode et son histoire, mais aussi dans les chapitres intercalés plaçant le récit à l’époque du bar sous forme de flash-back ou de chronique. On se surprend à aimer Idgie le garçon manqué, Ruth la plus jolie fille qui soit, Sipsey la mama noire qui gouverne son petit monde, ou Smokey le vagabond du rail qui revient régulièrement trouver refuge à Whistle Stop.

Les chapitres sont courts et vont et viennent entre les années 30 et les années 80, ce qui donne un rythme soutenu au récit et entretient la curiosité du lecteur. Certaines anecdotes sont accrocheuses, et il est difficile de laisser le livre de côté !! Mais au-delà du style et des choix pertinents de l’auteur, on découvre l’Amérique profonde et ses blessures suite à la Grande Dépression comme elle a rarement été dépeinte. Ce petit café n’est pas fait que de quatre murs et un toit : il abrite les âmes en peine et les grandes joies de la vie, il rassemble différentes couleurs de peau et de caractères, il dévoile une profondeur de cœur et une générosité sans lesquelles l’Amérique aurait eu bien du mal à se reconstruire. Ce qui peut faire la grandeur d’un pays se retrouve souvent dans les petites choses du quotidien de gens « normaux », ainsi que ce qui peut lui porter préjudice, comme le Klan et sa guerre contre la fraternité avec les personnes de couleur, l’alcoolisme, le capitalisme ou les guerres mondiales. Les gens de Whistle Stop ont tout subi, mais ils n’ont jamais perdu leur âme. Et c’est pour cela qu’on les aime autant. Un INCONTOURNABLE dans votre bibliothèque !