Lire Jacquou le Croquant, c’est comme tourner les pages de l’enfance de nos aïeux à la campagne. Tout le monde doit au moins connaître ce classique ou bien le célèbre Rémi sans famille, non ? Jacquou, notre vieux narrateur, nous conte ses premiers souvenirs d’enfant de 7 ou 8 ans. Les temps, les gens et l’environnement ont bien changé entre temps, il le rappelle souvent !

Elle était dure cette vie comme métayer dans les années 1815, surtout quand le châtelain était un homme méprisant. Le père de Jacquou en a d’ailleurs fait les frais lorsque sa chienne a été tuée à coup de fusil devant chez lui, car il a riposté en tuant le régisseur du châtelain. Arrêté peu de temps après, le voilà condamné au bagne où il meurt bientôt, laissant sa femme et son fils sans le sou et forcés de quitter la métairie pour laisser la place à de nouveaux travailleurs. De longues errances de la mère pour trouver un emploi finiront par avoir sa peau, et Jacquou doit à présent trouver un moyen de survivre.

Des rencontres, des chemins aux allures romantiques mais aussi des injustices formeront le jeune Jacquou à devenir un homme réfléchi et courageux, mais tout cela parviendra-t-il seulement à lui faire oublier son désir de vengeance contre le châtelain ? De plus, l’approche manichéenne de la vie peut paraître simpliste au premier abord, mais elle tend à se déconstruire au fil des pages et provoque une réflexion intéressante chez le lecteur.

Le texte est joliment écrit, riche en vocabulaire technique pour le lecteur d’aujourd’hui, mais c’est surtout une bonne base sur laquelle on comprend la réalité de ce début du XIXème siècle après l’exil de Napoléon à Sainte-Hélène. Les oppositions entre républicains et royalistes n’ont jamais vraiment disparu depuis la Révolution, et il est dur de savoir vers quel régime stable la France se dirige, alors que Charles X arrive au pouvoir.

Sans oublier le fait que le quotidien des paysans est mis en avant, comme un personnage à part entière : trouver de quoi se remplir l’estomac, s’habiller et se loger, voilà leurs préoccupations. D’ailleurs, de nombreux objets qui ont perdu leur dénomination dans notre XXème siècle reviennent finalement à la vie à travers ces lignes, et donneraient presque ce sentiment de nostalgie qu’on ne trouve que dans ces bons vieux classiques si chers à la littérature française. A lire et à relire.

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