Dans ce livre bien étrange, “Les hommes et les autres”, le lecteur est plongé dans l’Italie de la Deuxième Guerre Mondiale, à Milan plus particulièrement. Les SS sont partout, des rafles arrivent régulièrement, et un petit groupe d’hommes et de femmes s’est organisé pour tenir tête aux représentants de Berlin. N 2, notre protagoniste, fait partie de ceux-ci, ainsi que Berthe, la femme qu’il aime, mais qui ne se donne pas à lui. Le groupe de résistants tente de se fondre dans la population, et de nombreuses personnes sont arrêtées régulièrement et fusillées.

Ce roman détonne par son style, car les structures de phrase ont bien évolué en quelques dizaines d’années (publication en 1947) et le lecteur non averti peut avoir du mal à rentrer dans l’histoire. Les chapitres sont courts, donnent un rythme soutenu au fil des pages à qui a toujours envie d’en savoir plus. La police d’écriture aussi est particulière, avec les passages en italique interrompant le récit et symbolisant le discours du personnage principal avec ce qu’on peut penser être sa conscience au premier abord, puis finalement on comprend que c’est le narrateur-auteur qui discute avec ses personnages et justifie ses choix d’écriture et de point de vue.

Il est étonnant de sentir à ce point la solitude de chacun dans ces pages, malgré la présence d’autres personnes autour d’eux. On comprend le but de l’auteur, celui de faire ressortir ce “moi” face aux autres, ce “moi profond” en lutte avec le “moi” que chacun peut voir chez son voisin. Comme la solitude des résistants face à l’oppression fasciste.

De même le fait d’aborder la mort ou la torture d’innocents à travers les yeux de certains personnages poussent le lecteur à s’interroger sur la réelle identité de l’homme. Où se trouve la limite entre humanité et bestialité? Sommes-nous hommes, ou autre chose, de cruels non-hommes? A chacun sa réponse…

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