Oh un bouquin pour fille ! Celui-là plonge le lecteur dans la tête d’une narratrice d’une trentaine d’année, mais étonnamment, elle n’est pas à la recherche de l’amour, comme on peut bien souvent le voir dans ce genre de littérature : elle le fuit, même ! Bien sûr, elle rencontre des hommes, passe une nuit avec eux, et dès qu’ils lui montrent un quelconque attachement, elle repart et garde bien ses distances… Que lui est-il donc arrivé pour qu’elle ait tant besoin de se protéger ? Cela ne se réduit probablement pas à une psychologie familiale trouble depuis trois générations, ni à un passé amoureux compliqué, n’est-ce pas ?

Certains passages sont écrits en lettres grasses, symbolisant un changement de narrateur via un autre « je », ce qui interroge le lecteur sur cette rupture dans un récit bien installé. Ils viennent donner un autre point de vue sur le vécu de notre narratrice, et permettent au lecteur de l’observer à la fois de l’intérieur à travers ses pensées en focalisation interne, mais aussi de l’extérieur, donnant un panorama complet de ce personnage superficiel au premier abord, mais plus profond au fil des pages.

Les phrases, courtes et nominales dans leur ensemble au début, apprennent à se poser au fil de l’histoire, comme si la narratrice, dans son introspection, grandissait en même temps que sa pensée et sa maîtrise de la langue. Elle fait même le parallèle entre le déblocage de son langage et sa capacité à développer son amour pour les autres. Cependant, cela développe une violence concrète des mots et des sentiments, comme si l’amour ne pouvait être un long fleuve tranquille. La narratrice peut-elle finalement trouver la sérénité dans son cœur et dans son écriture, ou se complaira-t-elle encore dans l’humiliation et la souffrance pour avoir le sentiment d’exister ?

D’un texte simpliste pour trentenaires en mal d’amour à prime abord, le texte évolue vers un essai réflectif sur la notion de l’abandon à l’autre et le lâcher-prise. Les petites perversités de la vie paraissent toutes avoir une raison et elles finissent par se déconstruire petit à petit une fois qu’on commence à les décortiquer et les comprendre. Chaque lecteur pourra y trouver son compte pour mieux appréhender les méandres amoureux.

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