« Ma Loute », c’est un film extra-terrestre, je pense qu’on est tous d’accord là-dessus ! L’histoire, tout d’abord, met en scène deux policiers enquêtant sur des disparitions dans la baie de la Slack dans le nord de la France. Le duo fait penser à Laurel et Hardy dans leur apparence et les gags de situation, et le gros inspecteur Machin (ch’ti au vu de son accent très prononcé!) émet même des bruits de caoutchouc quand il se déplace, car l’incompréhension, « ça le fait enfler » !

En parallèle, la famille Van Peteghem (Fabrice Luchini, Valeria Bruni Tedeschi, Juliette Binoche et les enfants) vient prendre ses quartiers d’été dans le Typhonium surplombant la baie et s’émerveillent de la beauté du site. La jeune Billie tombe amoureuse du passeur de la baie, Ma Loute, gars du coin dont la famille sans le sou a d’étranges mœurs… Très tôt dans le film, on voit cette famille manger des parties de corps humain!!

L’enquête n’est pas menée de main de maître mais on admire malgré tout l’investissement de l’inspecteur et de son adjoint. En parallèle, on voit évoluer la famille bourgeoise des Van Peteghem, et on ne peut qu’admirer la performance de Luchini en vieux père perclus de rhumatisme et à la voix traînante de bourgeois, ainsi que de Juliette Binoche en allumée théâtralisant chaque émotion à l’extrême ! Les fous rires ont dû être fréquents sur le tournage en la voyant jouer ainsi, à mille lieues de ce qu’elle nous avait déjà montré au cinéma ! Quant à l’histoire d’amour entre Billie et Ma Loute, elle est simpliste car elle suit le schéma classique du « ils se voient, ils se plaisent, ils s’aiment », mais elle prend de la profondeur grâce au rôle de Billie, jeune fille se travestissant en garçon régulièrement.

On a qualifié ce film de « Roméo et Juliette au pays des cannibales et des consanguins », ce qui à mes yeux le résume parfaitement !! Mais il y a bien plus que ça : l’humour est souvent absurde, parfois burlesque, le ton est totalement décalé, et il faut bien la moitié du film à des spectateurs aussi terre-à-terre que moi pour accepter de lâcher prise et d’apprécier pleinement des répliques qui pourraient devenir cultes, et la prise de risque des acteurs sortant de leur zone de confort. Le filtre bleuâtre sur l’image donne lui aussi un ton au récit, le plaçant dans un monde quelque peu à part, comme dans un rêve, et permet d’opposer brillamment la majesté des paysages avec le grotesque des personnages.

Un deuxième visionnage sera donc nécessaire pour que je puisse pleinement rire et profiter de cette comédie, ainsi que comprendre les « subtilités » ch’ti de l’inspecteur Machin ! D’ailleurs quel plaisir de voir autant d’acteurs n’ayant jamais fait de cinéma auparavant, car ils amènent une grande fraîcheur dans leur jeu et sont un vrai bonus dans ce film.

Nommé 9 fois aux César mais n’ayant pas obtenu de récompense, ce film a de quoi attirer l’attention et surprendre. Cependant, les cinéphiles qui veulent tout comprendre ne seront pas satisfaits car aucune des réponses aux divers « pourquoi ? » que l’on peut se poser ne sera donnée ! Pourquoi ? On vous a dit de LÂCHER PRISE ! 😉

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