Malgré ma réticence à lire des nouvelles, je dois avouer que celles-ci m’ont franchement bousculée. En effet, j’ai pu rentrer dans leur monde dès les premières pages (d’habitude il m’en faut un peu plus que ça!), et apprécier les ambiances. Cependant, dans chacune d’entre elles, j’ai ressenti une grande gêne : nos personnages évoluent dans des mondes glauques et vivent des expériences personnelles dérangeantes. Le cauchemar n’est jamais bien loin et les peurs primaires du lecteur font vite surface, même si ces nouvelles ne relèvent vraiment pas du genre littéraire de la Terreur. Relations à l’autre ou à soi-même, sexe et fantasmes se mélangent habilement, non pas pour rebuter mais plutôt marquer le lecteur et le faire réfléchir en profondeur sur ce qu’il est vraiment.

Masques
Mina, à la mort de sa sœur, décide de recueillir le jeune Henry car il a besoin, dit-elle, d’une « vraie mère ». Comédienne, elle abandonne les planches pour recréer en quelque sorte une scène à la maison : les habitudes qu’elle prend avec son neveu sont savamment mises en scène autour de soirées costumées quotidiennes auxquelles Henry se plie, jusqu’au jour où Mina dépose sur son lit un déguisement de fille. On se demande ainsi ce qu’est la limite de l’acceptable dans ces jeux de rôle, que l’on prend d’abord comme des tentatives d’amuser et de développer l’imaginaire du garçon. Puis on décèle chez Mina une certaine folie, effrayant Henry lorsqu’il ose s’opposer à elle ou sortir des habitudes afin de vivre une vie d’écolier normal.
Le narrateur lui-même joue le jeu de la peur en glissant dans l’environnement des personnages des éléments relevant du gothique, mais aussi des images parfois métaphoriques de relations incestueuses ou perverses. Henry n’est qu’un pantin aux mains de Mina, mais il prend petit à petit conscience de ce qui est malsain dans sa vie. Cependant, son jeune âge peut-il lui permettre de se détacher de l’influence de sa tante et de prendre son envol ?

Pornographie
O’Byrne travaille avec son frère dans une boutique de magasines et objets pornographiques. Le soir il retrouve soit Pauline, soit Lucy pour des parties de jambes en l’air, mais il se voit contraint de disparaître quelques jours afin de se faire administrer des soins au dispensaire à cause d’une « chaude-pisse » selon ses mots. Une fois à nouveau en pleine possession de ses moyens, il rappelle Lucy pour la revoir, mais la soirée ne va pas se passer comme il l’aurait espérée…

Psychopolis
Un jeune anglais (étudiant ? musicien?) va passer quelques semaines à Los Angeles et décrit à la première personne la ville de manière bien surprenante, car la Cité des Anges et son glamour ne se révèlent pas à lui. Pollution, silence, chaleur, excès en tous genres ne lui permettent pas de sentir de plaisir à être là ; il s’ennuie, et les quelques personnes qu’il rencontre ne lui paraissent même pas intéressantes. Mary, cependant, a quelque chose de particulier et ils deviennent amants dès le premier soir, mais ses pratiques sexuelles sont pour le moins déconcertantes. Est-ce la ville qui rend les gens fous ou bizarres, ou bien ces gens excessifs qui la rendent glauque ? La violence de l’Amérique se révèle aussi à lui un soir de dîner avec des « amis » en la présence d’une arme à feu, et alors qu’il leur joue un morceau de musique (doux antagonisme au pistolet!), il a une révélation… Los Angeles, ville d’apparence et de dissonances…

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