« Comment désormais ne pas se demander si c’est un bonheur ou un malheur pour chaque enfant d’apprendre ? »

« Les Demeurées », c’est un livre assez extra-terrestre, car il ne ressemble pas à ce qu’on peut lire au quotidien. Il met en avant deux personnages considérées, d’après le titre, comme des « demeurées », des « abruties ». L’une d’elle est la Varienne, surnom de cette femme d’âge mûr ayant à peine l’usage de la parole, mais élevant sa fille seule, dans un village comme les autres. L’autre, Luce, la fillette, doit avoir 6 ou 7 ans ; elle est un jour envoyée à l’école parce que c’est ce que les enfants de son âge font. L’apprentissage paraît difficile, le lecteur et l’institutrice ressentent qu’il y a un blocage dans le développement de la fillette, comme si elle cherchait à tout prix à rester ignorante et stupide comme sa mère, dans un pacte silencieux et pudique.

Qu’est-ce qui l’a créé ? Et pourquoi la fillette tombe-t-elle si vite malade quand elle apprend, lors d’un cours particulier, l’orthographe de son nom de famille, qui lui était inconnu jusque là ? Des secrets, des non-dits sont presque palpables, mais quoi de mieux que de se réfugier dans l’ignorance et le silence pour ne pas faire face à une réalité difficile à supporter ? L’institutrice ne reste pas indifférente à cette enfant dans le refus, car toute son âme paraît se tourner vers le besoin de comprendre ce qui se passe.

Les phrases sont courtes ou bien pleines de virgules, comme si le narrateur, en focalisation interne aux deux protagonistes, peinait à tout mettre en mots, en phrases, en sens, et s’essoufflait. L’impression est proche de la claustrophobie tant les images apparaissant dans l’imaginaire du lecteur sont en gros plan, et tout lecteur aimant les romans « psychologiques » seront servis copieusement malgré le format court du récit (environ 80 pages)… Suffisant pour ce type de lecture, probablement, mais tellement riche en sens et en émotions…

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