C’est un livre plutôt récent que j’aborde car celui-là m’avait tapé dans l’œil à la librairie : « 2084 » fait écho à « 1984 » de George Orwell, c’est sûr ! Je ne m’étais pas trompée : dès la première page, un avertissement de l’auteur le cite comme exemple, et notre récit pourrait bien être une suite à la création d’Orwell ! C’est un OVNI de la littérature que l’on a du mal à classer : post-apocalyptique ? Science-fiction ? Ou bien « religion-fiction » ?

Imaginons-nous bien après 2084, même le peuple ne sait pas en quelle année exacte on est. Les pays que nous connaissons actuellement n’existent plus, et leurs noms ont été oubliés une fois que les Guerres Saintes ont eu lieu. A présent, l’Abistan, le pays où vit Ati, notre protagoniste, est si grand qu’il regroupe 60 provinces et on dit qu’il n’a pas de frontières…

Le peuple suit les les préceptes d’Abi, le Délégué de Yölah (Dieu), et vit cloîtré dans des quartiers surpeuplés et très pauvres. Il ne souffre pas car il vit pour Yölah et cela lui procure suffisamment de bonheur ! L’Appareil qui gouverne le pays a des espions partout, ce qui permet d’arrêter régulièrement les renégats qui n’aiment pas Yölah et Abi avec assez de ferveur, et de les faire exécuter en public aux différents stades de la ville.

Ati, lui, revient en ville après avoir été malade de la tuberculose et placé dans un sanatorium dans les montagnes. Des mois de voyage plus tard après sa guérison miraculeuse, il arrive enfin en ville… mais son âme a changé. Là-haut, loin de la civilisation, il a longuement réfléchi sur la situation de son pays ainsi que sur la question de l’identité, ce qui est interdit par l’Appareil. En ville il essaie de reprendre une vie normale et cache ses pensées comme il peut… mais une rencontre sur le chemin du retour a éveillé sa curiosité sur les manipulations de l’État. Combien de temps peut-il continuer à vivre ainsi ? Apprendra-t-il davantage sur l’Abistan et ses sombres rouages ?

Le concept est intéressant, imaginant ce que le monde deviendrait si la religion (musulmane, même si elle n’est jamais nommée) gouvernait le monde. Cependant, le style n’est parfois pas si évident, demandant un effort de conceptualisation et d’imagination pour comprendre cette projection dystopique dans un siècle, deux ou même plus. On peut se demander pourquoi chaque grand chapitre est précédé d’une page intitulé Livre I, II, III, etc., dévoilant dans les grandes lignes ce qui va s’y passer ainsi qu’un commentaire plus personnel… peut-être une volonté de rendre hommage à des livres classiques, ou de donner une approche plus formelle au récit, comme un livre de référence.

Soyons rassurés cependant, car l’auteur insiste bien sur le fait que le monde qu’il a décrit n’est que fictif… qu’il ne peut pas arriver… que tout est sous contrôle… pour le moment…

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