“L’équation africaine” est un roman de Yasmina Khadra, étonnant car ne ressemblant à aucun autre livre que j’ai lu jusque là, tant par le thème abordé, que par le style d’écriture poétique et direct à la fois.

Kurt Krausmann, médecin allemand, perd brutalement sa femme. Rongé par le chagrin, il se laisse embarquer en mer avec son ami Hans, direction les Comores, pour une mission humanitaire. Mais une nuit, au large de la Somalie, le bateau est attaqué par quelques hommes, et ils deviennent les otages d’un groupe de révolutionnaires armés terrifiant les habitants du désert soudanais.

Le thème est surprenant, car traiter d’un sujet tel que la prise d’otages en Afrique ou au Moyen-Orient est souvent d’actualité… La description des camps traversés et de la manière dont les otages sont traités ne rendent que les images des otages réels plus terribles, et le lecteur même le plus averti ne pourra pas en sortir indemne.

Le ton aussi est particulier, faisant ressortir le pire comme le meilleur des hommes. Le récit est écrit à la première personne, en focalisation interne à Kurt, et met en avant de terribles propos envers ses ravisseurs ainsi qu’une haine des autres races. Des propos racistes font ainsi surface, dans un sens comme dans l’autre, mais sont aussi déconstruits par quelques amoureux de la culture africaine au sein même du roman. Ainsi, les Africains sont loués pour leurs qualités de patience et de courage, et la folie de certains hommes n’entache plus la réputation du peuple entier.

C’est un roman à double lecture que Yasmina Khadra nous a proposé ici : on y lit à la fois la dénonciation des organisations africaines, qu’elles soient gouvernementales ou rebelles, et leur terrible violence, mais aussi les louanges de cette Afrique terrible et poétique à la fois ainsi que de ses habitants. Le dépaysement est total, l’envie et la peur de voir ce continent un jour se font présentes dans la tête du lecteur qui ne reste pas insensible aux observations si justes – ou si fausses – de Kurt…

Néanmoins, le calvaire vécu par les otages français retenus en Afrique nous rappelle que ce roman n’est pas seulement un récit de fiction. Pour comprendre ce qui s’y passe, il faut être conscient de chacune des inconnues de cette fameuse “équation africaine”, qu’elle soit culturelle, sociale, ou idéologique. Cet ouvrage ne peut que sensibiliser l’opinion à agir pour faire cesser le terrorisme installé dans ces contrées, et gagne donc à être lu par le plus grand nombre, car chacun portera un regard différent sur le monde qui nous entoure, une fois le livre refermé.

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