C’est étonnant parfois le destin, ça nous pousse à faire des choses qui, tout mis bout à bout, prennent du sens… et avec ce court roman de Truman Capote, je me vois à nouveau lire, après Martin Eden ou Les yeux jaunes des crocodiles , le récit d’un jeune écrivain qui n’a pas encore réussi à se faire publier ! Un clin d’œil du destin pour me pousser à persévérer dans l’écriture ? (ou pas…)

Quoi qu’il en soit, ce garçon, Buster, vit à New York dans une vieille maison, et sa chambre est juste au-dessus de celle d’une jeune femme assez énigmatique, Holly Golightly. Celle-ci attire vite son attention car sa grande beauté, ses manières et son langage sortent de l’ordinaire. A la fois femme-enfant et incapable de suivre aucune règle, elle se pend au bras des hommes riches, couche parfois avec eux, et ainsi s’assure de quoi subvenir à ses besoins.

Bien entendu, notre narrateur tombe très vite amoureux d’elle, tout en sachant qu’elle n’est pas faite pour lui. Il l’observe, l’assiste, l’aide au quotidien malgré sa frivolité et son égoïsme, se dispute avec elle à l’occasion.En apprendre plus sur son passé trouble ou ses fréquentations ne l’empêcheront pas de toujours lui garder une place dans son cœur.

L’histoire se passe à New York dans les années 40, car la guerre lointaine est mentionnée à plusieurs reprises, telle une menace sourde et tentant de rappeler au sérieux la jeune Holly. Mais le microcosme dans lequel évoluent nos personnages est plutôt rassurant, malgré le manque évident de luxe. La majorité des scènes se passent soit chez Holly, soit chez Buster, soit au petit bar du quartier, dépeignant ainsi une mise en scène quasi théâtrale, et les personnages secondaires donnent de la profondeur à ce décor planté, car ils viennent de toute l’Amérique, et même du Brésil ! Les scènes extérieures à ces lieux sont mentionnées seulement, hormis la scène finale… nos protagonistes auraient-ils réussi à sortir de leur zone de confort pour vivre une autre vie ?

Pour un premier Truman Capote, j’avoue avoir été surprise par le manque d’action… Cependant, je reconnais la plume exceptionnelle de l’écrivain pour définir son petit monde avec une poésie qui caresse l’âme, et dès les premières pages on se sent comme chez soi. Mais contrairement à Buster, j’ai eu bien du mal à éprouver quelque chose pour Holly, trop instable, trop manipulatrice peut-être, et ce malgré sa grande modernité, et elle paraît presque atemporelle. Quant au jeune écrivain, il est trop prude sur ses sentiments pour prendre de l’épaisseur, il ne se place quasiment qu’en observateur. Je ne peux m’empêcher malgré tout de penser que c’est un très beau récit, dans lequel le lâcher prise a toute sa place : ne pas forcément suivre le chemin tout tracé, garder un brin de folie, être patient, ne pas juger au premier abord… la définition de l’attitude qu’un jeune écrivain doit avoir ? Prenons-en de la graine !

Pour ceux qui préféreront voir l’adaptation filmique avec Audrey Hepburn, intitulée en français « Diamant sur canapé », voilà de quoi attiser votre curiosité!

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