Oh, quel choc en voyant ce reportage sur les effets de la mondialisation en Afrique ! Pourtant à la base on part sur un sujet plutôt banal avec l’élevage de poissons dans le lac Victoria en Tanzanie, qui sont ensuite pêchés, découpés, congelés et mis en boîte pour être envoyés en Europe. A première vue, on se dit que la création de l’usine a du créer de nombreux emplois directs et indirects, donc bénéfiques pour le développement de la Tanzanie.

Cependant très vite on se détrompe : la population tanzanienne, à l’époque ou le documentaire a été tourné (début des années 2000), souffre d’une famine terrible, et les Nations Unies s’en inquiètent. Les enfants grandissent bien souvent sans leurs parents morts ou malades, et se battent autour d’une poignée de riz, sans oublier de sniffer une substance de leur fabrication pour oublier leur malheur. Cette pauvreté contraste avec les tonnes de poisson envoyées chaque jour en Europe, où l’on sait que la surconsommation et / ou le gaspillage sont habituels…

De plus, ce poisson n’est pas une espèce locale : la perche du Nil aurait été introduite dans les années 1960 dans le lac Victoria dans le cadre d’une expérience scientifique, mais elle a décimé toutes les espèces autochtones en tant que prédateur… et la surpêche verra très probablement son déclin aussi d’ici quelques années. Ainsi l’équilibre naturel s’est vu modifié, de même que l’équilibre des populations. Comment peut-on survivre dans un tel cauchemar, alors même que la nourriture locale ne leur est pas destinée !

Le documentaire peut donner l’impression d’être réalisé de manière un peu maladroite, car les scènes se suivent et ne se ressemblent pas, et il n’y a pas de voix off pour guider le spectateur… mais petit à petit les liens se dessinent entre poissons, usines, pilotes russes, prostitution, enfants des rues et armes à feu, et tout s’imbrique en créant, via des gros plans sur les personnages, une sensation de quasi « claustrophobie » dans un monde devenu irrespirable, littéralement à proximité des carcasses de poisson, et métaphoriquement, tant l’humain a été oublié au profit des affaires.

Le documentaire a essuyé de nombreuses critiques à sa sortie, accusé de prendre partie contre la mondialisation et d’attiser les guerres africaines en y livrant des armes pour continuer à s’enrichir. Darwin se retournerait dans sa tombe s’il voyait ce que l’homme a fait. Lui qui aimait tant la nature et tentait de comprendre son fonctionnement, il ne comprendrait probablement pas qu’aujourd’hui ce n’est plus l’homme ou l’animal qui s’adapte à son milieu, mais le milieu qui doit s’adapter aux besoins humains. La terre souffre de ce déséquilibre… mais quand atteindra-t-on le point de non-retour ?

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