Intriguée par ce nom et cet écrivain que j’avais croisé sans jamais avoir ouvert un de ses livres, je suis rentrée dans le monde de Yann Queffélec. Un prix Goncourt sur ce roman, une carrière longue et prolifique, et un titre pour le moins surprenant : Les noces barbares… l’histoire d’un couple improbable ? Dérangeant ? Instable ? Et puis je ne pensais pas entrer dans l’histoire aussi violemment… Après quelques pages seulement, la scène d’un viol collectif dérange, comme décrite en plan resserré ! Quelques mois après, Nicole, la jeune victime de 14 ans, accouchera d’un garçon.

Cinq ans plus tard, on découvre Ludo, le garçon, enfermé dans un grenier car sa famille préfère le tenir à l’écart des qu’en-dira-t-on. Déjà que Nicole est la honte de la famille… mais cet enfant pourtant a l’air attachant, même si le manque d’attention, d’amour et d’éveil au monde extérieur est cruel pour son développement, et lui donne l’air un peu idiot.

Cet abandon le poursuivra pendant toute sa jeunesse car il aura bien du mal à communiquer ses émotions. Son attachement maladif à sa mère démontrera d’ailleurs son refus de vivre comme un paria, toujours dans l’espoir qu’elle veuille bien lui donner de l’amour un jour, malgré les douloureux souvenirs que sa vue entraîne chez elle. Et puis il y a l’épave de bateau dans laquelle il trouve refuge, incarnant presque un double de lui-même tant elle est abîmée par le flux et le reflux de la mer… et sa mère qui le repousse toujours…

C’est un récit assez poignant car ce Ludo est très attachant, même s’il ne comprend pas spécialement ce qu’on attend de lui, et le lecteur non plus… alors il (Ludo / le lecteur) suit le rythme et essaie de s’adapter à ce qu’on lui propose, en particulier via une impression de gros plans successifs, comme si le lecteur était lui aussi coincé dans la tête de Ludo. La narration est facile à suivre, les chapitres s’organisent en parties retraçant les grands changements dans la vie du protagoniste. Les niveaux de lecture sont multiples et sauront être appréciés par les amateurs du genre, attirés par la psychologie de personnages torturés. C’est un roman qui mérite la reconnaissance du public car parfaitement travaillé et lourd de sens, et qui ne laissera pas de marbre les plus sensibles, autant le dire.

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