L’histoire commence par une série de gros plans : une femme est en train de boucler une valise d’enfant et sort de chez elle, descend les escaliers de l’immeuble et parcourt quelques rues à pied. Qui est-elle ? Où va-t-elle ? Pourquoi ne la découvre-t-on que de manière extrêmement décousue ? Rien de tel pour attiser la curiosité du lecteur… et du policier à qui elle commence à parler au commissariat. Elle annonce en prime qu’elle est coupable de la mort de son mari, qu’elle aurait poussé du onzième étage quelques années plus tôt !

Le policier, qui ne rêvait que d’une soirée tranquille, l’invite à revenir faire sa déposition le lendemain auprès d’un autre collègue, mais il trouve en même temps à cette femme quelque chose d’intéressant. Il écoute ce qu’elle a à dire et, lorsqu’elle explique comment elle en est venue à tuer son mari, il comprend que le monde aurait beaucoup à perdre si cette femme devait être incarcérée.

Le récit est très fragmenté, au même titre qu’il nous présente le personnage principal par petites touches seulement, comme si la forme du texte elle-même souhaitait dévoiler la femme de la manière dont on peut apprendre à connaître quelqu’un. Pas de vision globale donc, et on se fait une idée au fur et à mesure des pages.

Bien sûr, au-delà des raisons justifiant la démarche de la femme, on observe les réactions du policier, et les âmes des deux personnages en viennent à être sondées, jaugées, jugées par le lecteur. Leur psychologie apparaît au premier plan à travers une foule de détails, et rien n’est laissé au hasard. Difficile donc d’en dire plus, tant ce livre aura un écho personnel pour chaque lecteur. On pourra le percevoir comme un bel exercice de style pour réinventer l’écriture et la description d’une situation (Jean Teulé ayant été dessinateur de bande dessinée au début de sa carrière, a-t-il tenté une technique croisée entre dessin et écriture ?), ou bien comme une énième histoire de drame familial et de psychologie. De plus, on comprendra le lien entre ce récit et un autre de ses écrits, publié trois ans après celui-ci, Le magasin des suicides, partageant le même attrait pour les situations décalées, fragmentées, et surtout psychologiques dans le lien avec la mort.

Difficile d’anticiper la fin… la femme sera-t-elle finalement arrêtée ou le policier trouvera-t-il le moyen de la faire rentrer chez elle ? Sans oublier la tension de plus en plus palpable au fil des pages, qui vous troublera probablement…

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