Aller vers l’est pour quitter la Californie, cet état devenu trop difficile à vivre à cause de la sécheresse dans le sud-ouest américain et l’apparition de ce sable soufflé de l’océan et arraché du sol trop sec… c’est bien l’inverse de ce qui s’est passé depuis la Ruée vers l’or, quand l’ouest était encore vu comme un El Dorado où tout était possible, que les californiens doivent envisager s’ils veulent survivre dans un avenir proche (fin du XXIème siècle ? Début du XXIIème ?). Cette dystopie est une des premières du genre à se pencher sur les réfugiés climatiques américains, alors qu’aujourd’hui même les problèmes d’eau s’y font de plus en plus présents.

Ray et Luz font partie des ces poignées de « Mojaves » qui résistent encore, et ils squattent les maisons hollywoodiennes pour vivre la belle vie et oublier qu’ils sont rationnés en eau. Los Angeles et ses environs sont devenus des villes fantômes, et les courageux qui sont restés sur place vivent en groupes, peu soucieux des règles de vie commune. Leur état de délabrement n’a d’écho que celui qui les entoure, et ils vivent presque au jour le jour, imbibés d’alcool et de drogue.

Au milieu de cet environnement hostile, Luz et Ray croise une petite fille sachant tout juste marcher. Elle est accompagnée d’un groupe de junkies aux mœurs particulières, et alors que le groupe s’éloigne un moment, le couple s’éclipse avec la petite Ig. Ils se mettent à l’aimer comme leur propre fille, et choisissent de quitter la Californie pour lui assurer un avenir plus radieux, mais leur voiture tombe en panne dans un désert brûlant et Ray, plus très sûr de ce qu’il veut, laisse Luz et Ig derrière lui sous le motif d’aller chercher de l’aide, mais il sait qu’il ne reviendra pas. Que va-t-il se passer dans ce désert de l’Amargosa, qui permettra à Luz et Ig de survivre, et qu’adviendra-t-il de Ray ?

Ce premier roman est très réussi, car l’écriture a une vraie étoffe. En effet, le narrateur joue avec les gros plans sur nos personnages ainsi que des prises de distance qui donnent des points de vue historique, géographique et politique de la gestion de cette dune de sable s’étant constituée très vite et qui continue à grossir, avançant inexorablement vers l’est. Ainsi, le lecteur sent toute la lourdeur de la machine américaine dès les premières pages et la torpeur entourant les derniers habitants de cet ouest desséché. Les changements réguliers de rythme et de points de vue donnent une dynamique intéressante et chassent toute monotonie dans la lecture.

Nul doute ici que la littérature américaine touche du doigt un nouveau versant de son identité à travers cette jeune auteure et ce livre en particulier. Les nouvelles générations désenchantées, la folie qui guette tout un chacun dans un monde qui n’a plus vraiment de valeurs, et la disparition programmée de ce qui donnait des repères jusque là, à travers cette dune qui avance et recouvre tout sur son passage, dévoilent un monde en pleine restructuration. A lire, et à cogiter.

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