Difficile de résumer un recueil de nouvelles. Peut-on vraiment prendre le temps d’entrer dans une histoire quand celle-ci se termine quelques pages après avoir commencé ? Ou bien faut-il la relire à peine après l’avoir terminée pour en saisir pleinement le sens ? Et quand on a l’habitude de lire de gros pavés (il paraît que plus c’est long, plus c’est bon, non?), trouver son équilibre sur ce format court est bien compliqué… Néanmoins, on peut trouver de belles choses une fois que l’on a réussi à comprendre le fil conducteur.
Et un fil conducteur, il y en a bien un, au-delà de la notion de fin du monde abordée dans le titre. Certes, chaque nouvelle aborde un type de fin du monde, et donne souvent l’impression d’un monde « réaliste » qui s’écroule et dans lequel il faut faire face à la fin de nos idées préconçues.
Prenons la première nouvelle par exemple. Les amies Charlene et Trudi vont faire du shopping dans un monde où tout paraît normal, hormis peut-être leurs échanges trop gais, trop légers, trop absurdes pour faire vrais. Puis, petit à petit, l’environnement se dévoile. Plus de taxis, plus de télé, plus de radio, le monde dans lequel elles vivent nous apparaît clairement : c’est la guerre et rien ne va plus. Trouver de la nourriture devient compliqué, mais dans leur magasin imaginaire, tout est à portée de main. C’est ainsi qu’elles décident de vivre, en rupture avec la réalité et en imaginant un monde où rien n’irait à l’encontre de leur envie de vivre, d’être, de sentir et ressentir.
Il y a aussi ce jeune garçon qui souhaiterait devenir un poisson et se dés-évoluer, récit à comprendre métaphoriquement parce que sa mère est sur le point d’avoir un autre enfant et qu’il souhaiterait revenir dans l’utérus protecteur avant de renaître, recommencer sa vie à zéro. Ou bien Heidi qui accueille un chat errant chez elle, et qui le voit évoluer en tigre avec des manières presque humaines !
En passant d’une nouvelle à l’autre, on peut se sentir déstabilisé par les changements de ton entre comique et surnaturel, mais aussi rassuré en comprenant que chacune est dépendante des autres via les liens entre les personnages, dépeignant finalement de multiples points de vue individualisés pour rendre compte d’un monde précis. J’étais plutôt sceptique à la lecture de la première nouvelle, mais au fil des pages j’ai compris que j’avais là entre les mains un livre mêlant les qualités d’un chef-d’œuvre et suffisamment de zones d’ombre pour pousser à de multiples lectures et questionnements. A la lumière des nombreuses références aux mythes anciens (ou nouveaux comme Buffy!), il faut abandonner ses repères, accepter le monde bizarrement incompréhensible qu’on nous propose, et connecter sa logique au texte pour prendre pleinement conscience du talent de l’auteur. A lire et à relire !!

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