Dorian Gray, une ode à la beauté ou à l’horreur ? Dans une écriture à la fois moderne et classique, Oscar Wilde s’attaque à la représentation de l’âme et du corps. En effet, lorsque le peintre Basil Hallward rencontre Dorian, capturer son image sur la toile lui permet de rendre le Beau, car le jeune homme paraît donner vie aux sculptures classiques de la Grèce antique tant il est pur par ses traits et son caractère. Cependant, piqué par la curiosité, Lord Henry, ami de Basil, force la rencontre avec le jeune Dorian Gray et ils deviennent très vite amis… enfin, peut-on parler d’amitié quand l’un des deux joue avec l’autre, expérimente des discours pour instiller dans l’âme pure de l’autre des pensées entachées de vice ?

Dorian se voit changer petit à petit sa manière d’approcher le monde, et il choisit d’expérimenter l’hédonisme, la quête des plaisirs, à une vie plus rangée ou plus honorable. Chose surprenante, les années passent mais pas son visage : il reste aussi jeune et beau qu’en ce jour où Basil l’avait immortalisé sur la toile, quand il avait émis le vœux de ne jamais vieillir ! Quel peut être son secret ? La société londonienne toute entière évite à présent sa compagnie, car un tel homme ne peut avoir fait autrement que de passer un pacte avec le diable…

La toile peinte par Basil apporte une réponse, car la peinture est fluctuante et montre la déformation de la personnalité de Dorian au fur et à mesure que le vice s’empare de lui… et elle devient un miroir de son âme ! Comment comprendre cette métaphore fantastique et gothique dans un texte aussi réaliste ? Les amateurs de ces genres n’y résisteront pas, car ce texte n’est pas un classique sans raison. De plus, la réflexion philosophique sur la relation à la Beauté, l’Art, ou l’Etre est riche et les longues descriptions réjouissent l’âme du lecteur aimant l’antiquité, l’architecture, la musique, les matières nobles… Ne serions-nous d’ailleurs pas un peu comme Dorian Gray, passionné par ce qui plaît à l’œil, ce qui présente bien ? Mais ne serait-ce pas un moyen de mieux camoufler ce côté sombre qui nous ronge ? D’ailleurs, le mot « hideous » (laid, hideux), répété des dizaines de fois dans la version en anglais que j’ai lue, éclipse presque la beauté si apparente de chaque chose autour de Dorian… mais ne nous laissons pas influencer par les apparences…

Publicités