Habitant loin de toute frontière, je ne m’étais jamais imaginée, enfant, devoir quitter mon pays pour cause de guerre ou de résistance à un pouvoir en place ou en plein changement. Lors de la Seconde Guerre Mondiale, mes arrière-grands-parents étaient restés sur place, car ailleurs, c’était forcément trop loin. Dans ce récit, par contre, la famille d’Aïta n’a pas le choix que de passer la frontière et de quitter l’Espagne pour s’installer à Hendaye, menacée d’arrestation car s’opposant au régime dictatorial de Franco. Irún reste presque à portée de main, ce qui rend les premiers temps d’exil presque supportables.

Cependant Aïta sent venir la guerre en France, et il a peur qu’on ne le chasse de son pays d’accueil s’il ne trouve pas du travail. Jusque là l’exil ne pouvait être que temporaire, mais avec Franco bien arrivé au pouvoir, il faut se résigner et s’installer de manière un peu plus durable. Les enfants d’Ama et Aïta vivent leur exil forcé du mieux qu’ils peuvent, ils continuent à rire comme n’importe quel enfant, mais quelque chose s’est cassé en eux lors de leur départ précipité. Comment peuvent-ils se construire une identité basque espagnole s’ils sont éloignés géographiquement de leurs racines ?

La souffrance de l’exil est présente à chaque page malgré toute la pudeur du narrateur. Les chapitres, courts et dans un style simple, placent les personnages dans une vie subie mais dans laquelle ils se battent pour ne pas perdre leur honneur. Des chapitres intercalés présentent Ama dans son journal intime, qui écrit de manière sporadique mais met en mot ses secrets, son ressenti, ce qui ne peut être décrit dans les actes, et son impression de perdre petit à petit sa dignité. Sa famille avait une très bonne situation sociale en Espagne et ils sont, après Hendaye, contraints d’aller s’installer dans une vieille ferme sans aucun confort. De plus la proximité avec les allemands rappelle le climat tendu qu’ils ont vécu en Espagne auparavant… Y aura-t-il un jour un endroit où ils pourront vivre pleinement leur vie, sans peur ?

Récit poignant à lire, faisant particulièrement écho aux vagues de réfugiés politiques arrivant en Europe, mais rendant aussi hommage aux résistants de notre histoire. Les sensibles n’en sortiront probablement pas indemnes. Sombre, mais très beau récit.

Publicités