Pourquoi le film musical Hair n’est-il pas plus connu aujourd’hui? Certes, les générations précédentes ont vu le film sortir à la fin des années 70, entendu les titres phare repris dans la variété française, et se sont (peut-être) reconnues dans la mode chevelue de la culture hippie, mais aujourd’hui, qu’en reste-t-il ? Un air vaguement fredonné avec Let the sun shine in et voilà…

Quand j’ai mis la main sur le DVD c’était surtout pour me replonger dans la contre-culture américaine durant les années 60 afin de préparer un cours pour mes lycéens. Le mouvement hippie a su donner de la voix pour exprimer son mécontentement lors de la Guerre du Vietnam dans laquelle l’Amérique s’était engagée, et les personnages de Hair le revendiquent : pourquoi aller se battre et mourir à l’autre bout de la planète, alors que sur le sol américain, tout va bien ? Et pourquoi laisser partir des inconnus se battre pour leur liberté à eux ?

La rencontre de la bande de copains hippies autour de Berger avec Claude va mettre en avant l’opposition régnant aux États-Unis à cette époque autour de la guerre du Vietnam : la culture mainstream de Claude est à la fois fascinée et en rejet de la contre-culture hippie… et malgré cela, Claude le gars de la campagne, Berger issu d’une famille moyenne new-yorkaise, ou Sheila de la haute bourgeoisie, parviennent à trouver un moyen de communiquer, rire ensemble et s’apprécier, pendant les deux jours que Claude passe en ville avant de s’enrôler dans l’armée.

Opposition à la Guerre du Vietnam en fond, mais pas seulement : les droits civiques sont aussi au centre des préoccupations de ces jeunes gens d’origines diverses. Ainsi, si l’amour libre est proclamé par Jeanie, la jeune hippie du groupe, elle clame aussi que peu importe qui sera le père de l’enfant qu’elle porte. Il pourra être couleur chocolat comme Lafayette ou blond et rose comme Woof, cela ne changera rien dans l’amour qu’elle lui portera… parfait exemple du multiculturalisme naissant autour des droits civiques menés par Martin Luther King ou Malcolm X à l’époque, et du slogan « Black is beautiful ».

Difficile d’anticiper la fin du film, et la chute est brutale, amenée sous l’air bien connu de Let the sun shine in. Mais le film dans son intégralité est un petit bijou : chaque chanson dévoile une facette de ces années 60 mythiques dans l’histoire américaine et gagnerait à être plus connue. De plus, les personnages sont extrêmement attachants, même Berger malgré son manque de respect envers la culture mainstream ! Les chorégraphies plutôt modernes auxquelles il donne vie avec les autres personnages donnent un sens métaphorique, et donc une nouvelle interprétation possible, au(x) message(s) de paix et de tolérance qu’ils portent, sans oublier leur lien avec le flottement du aux substances illicites qu’ils vivent régulièrement. Un vrai petit bijou, on le redit !

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