Depuis quelques temps déjà, les dystopies se vendent comme des petits pains. L’époque Trump paraît accélérer le phénomène, avec le classement de « 1984 » de George Orwell ou bien de « La servante écarlate » de Margaret Atwood dans le top 10 des meilleures ventes de livres sur internet. Pourquoi toute cette agitation, tout cet enthousiasme autour de l’histoire de la « Servante écarlate », récemment adaptée en série ?

Dans un écho évident à « 1984 » et Big Brother, bienvenue dans un monde où tout a basculé le jour où le gouvernement américain est victime d’un coup d’état… par qui ? Ce n’est pas spécialement mis en avant… cependant le résultat est effroyable : une nouvelle police apparaît et répond violemment à toute forme de résistance. La loi martiale est déclarée et la population prise en otage avec le blocage des comptes bancaires. Difficile de réagir quand on n’a plus les moyens de vivre et aucun recul pour comprendre la situation !

Les femmes sont particulièrement mises à mal dans cette dystopie terrible : alors que le taux de fertilité baisse de manière dramatique, les femmes ayant prouvé leur capacité à avoir un enfant sont envoyées dans des centres où on les force à oublier leur réelle identité, afin de ne devenir que des utérus, des réceptacles à bébés. Ainsi, les familles les plus influentes en mal d’enfant pourront louer leurs services – et leur utérus – pour faire des enfants. Les familles initiales sont éclatées, les enfants vendus aux plus offrants, les couples illégitimes séparés pour en faire des serviteurs de l’État : les marthas sont les bonnes placées dans les familles des riches, et les Gardiens deviennent en quelque sorte une milice. De plus, les Yeux guettent toute tentative de rébellion, et peuvent avoir placé des dispositifs de surveillance un peu partout.

Ainsi va le monde dans lequel notre narratrice se doit désormais d’évoluer, devenue servante écarlate (de la couleur de sa robe) au service d’un commandant et de son Épouse, après avoir connu une vie comme celle que nous connaissons aujourd’hui. Par on ne sait quel moyen elle est parvenue à conter son histoire, qui nous arrive enfin, en cette fin de XXIIème siècle.

Son style est intéressant, car extrêmement morcelé, à l’image de ses espèces d’œillères qu’on force les servantes à porter pour qu’elles n’aient pas de visage aux yeux du reste du monde ; seule importe la couleur de leur robe. La narratrice ne voit donc le monde qu’en morceaux, et nous présente de la même manière les mondes actuel et passé : pour rester en vie et ne pas attirer l’attention, mieux vaut ne rien voir, ne rien entendre, ne pas communiquer… et pourtant un moyen d’échange avec d’autres servantes se met discrètement en place… Une résistance serait-elle possible pour sortir de ce cauchemar asservissant les femmes ?

D’un récit initialement passionnant, à travers les derniers chapitres du roman le texte devient objet d’étude : comment a-t-on pu en arriver là ? Pourtant publié en 1985, le texte de Margaret Atwood est effrayant de modernité : les tensions actuelles à différents endroits du globe pourraient tout à fait mener à un tel dérèglement de la société telle qu’on la connaît : assassinat du président américain, terrorisme, prise en otage économique des populations, réduction de la femme à un rôle purement physique et serviable… Veillons à ce que ces pratiques, pourtant déjà en place par endroits, ne se généralisent jamais… Terrifiant.

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