Pour bon nombre de français il est difficile de savoir à quoi ressemble la vie dans les banlieues, car près de 92 % de la population vit hors de ces quartiers sensibles… Et pourtant, quand le malaise s’y installe, la France entière souffre de la violence qui en ressort, comme si elle était assise sur une poudrière prête à exploser. Que s’y passe-t-il réellement ? Pourquoi est-ce un lieu inspirant tant différentes formes d’art depuis une quarantaine d’années ?

Abd Al Malik choisit un narrateur qui lui ressemble beaucoup : le jeune Peggy grandit dans une cité de Strasbourg et est confronté à la prison assez jeune. La raison reste d’abord vague, évoquée de manière pudique, mais la réflexion du narrateur est quant à elle mise en avant pour montrer qu’il n’est pas comme les autres et qu’un déclic se produit au moment où il est embarqué par la police… cette prise de conscience change toute sa vie, et il parvient à trouver une voie qui lui permettra par la suite de sortir de la vie de la Tess, comme il l’appelle.

Racisme, pauvreté, trafic font partie du quotidien des habitants de la cité, et il faut se battre pour survivre… car on parle de survie alors qu’on se sent délaissé par le gouvernement en place, et que la police n’a pas besoin de grand-chose pour vous accuser de tous les maux ! La survie, c’est aussi prendre un jour après l’autre, vivre de manière morcelée, tout à fait de la manière dont le texte est écrit : on y trouve des chapitres les uns après les autres proposant des changements de point de vue, des citations semblant sorties de dictionnaires, des photos en très gros plan de sujets pas spécialement intéressants mais pourtant bien là… comme les quartiers sensibles et leurs habitants ? Le corps du texte est quant à lui écrit avec beaucoup de poésie, d’allitérations, d’assonances, de métaphores ou d’expressions détournées pour dépeindre la situation de la France aujourd’hui avec plus de recul. Au début et à la fin du livre, on entendrait presque une voix slamer les mots les uns après les autres.

Le texte tente de se trouver une identité propre, mais il paraît manquer de maturité et part peut-être dans tous les sens… trop de choses à dire sans réussir à les organiser pleinement ? L’impression globale est décevante, car il ne paraît pas rester de tissu suffisamment solide sur l’histoire quand on referme le livre. Cependant, Abd Al Malik a le mérite de vouloir dépeindre sa cité, son envie de s’en sortir, et son choix de ne pas répondre à la violence par la violence, mais de trouver dans la religion musulmane la force d’avancer de manière pacifique. Il donne ainsi une note positive à son récit, ce qui inspirera, on l’espère, quelques uns de ces jeunes en souffrance au pied des tours.

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