Dès les premières images du film d’animation Adama, j’ai été séduite… La qualité du graphisme est tellement impressionnante en voyant les personnages s’animer que l’on hésite entre fiction et réalité, et la poésie de couleurs pour le fond rappelant des peintures aquarelles attrape l’attention ! Quel est le message porté par ce film français de 2015 et sa technique si troublante ?

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Adama et son grand frère Samba vivent dans un village entouré et protégé de falaises, dont les habitants vivent principalement de l’agriculture. Cependant Samba a d’autres ambitions, comme celle de devenir guerrier auprès des nassaras, qui lui ont d’ailleurs proposé de l’or pour venir combattre à leurs côtés. Un jour, aux côtés d’autres garçons de son âge, Samba est sur le point de passer un rite d’acceptation à l’âge adulte, mais un oiseau empêche la cérémonie d’aller au bout, synonyme de mauvais augure… Samba s’enfuit la nuit d’après pour rejoindre les nassaras, mais Adama décide de partir à sa recherche pour le faire revenir au village.

A travers le désert, embarqué sur un bateau allant vers une destination inconnue puis dans un pays du nord, Adama cherche son frère sans relâche, rencontrant des hommes amicaux ou terrifiants, et lui permettant d’aller lui aussi vers ce rite initiatique qui fera de lui un homme. Pourra-t-il retrouver son frère sous les bombes de la guerre des nassaras, malgré les milliers de kilomètres à parcourir seul et sans argent ?

Les gros plans sur le visage des personnages et particulièrement d’Adama donnent une profondeur au récit en montrant l’invisible : les sentiments intériorisés du jeune garçon compensent la discrétion des dialogues dans lesquels tout le folklore africain se dévoile. De plus ils permettent de ralentir le récit, mettant ainsi en relief les scènes d’actions principalement présentes sur le dernier quart du film, introduisant le dénouement.

C’est un film très poétique et troublant puisqu’il met en avant la quiétude de la vie africaine et ses valeurs saines face à l’enfer de la guerre. De plus se pose le questionnement sur l’enrôlement dans une guerre qui n’est pas la sienne ainsi que sur la reconnaissance (ou plutôt l’absence de reconnaissance) du pays aidé… Ainsi ces images font appel à notre devoir de mémoire envers ces tirailleurs africains qui sont venus à notre secours lors de la Première Guerre Mondiale, trop peu représentés jusque là dans la littérature ou le cinéma.

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