Cela faisait des années que j’avais lu ce roman de Dickens, et tout ce dont je me souvenais c’était ce petit garçon qui errait dans les rues de Londres en guenilles… Finalement ma mémoire m’avait joué quelques tours, car David Copperfield n’est pas, finalement, un gamin des rues qui survit pendant des années en chipant ce qu’il trouve ici et là. Sa vie ressemble plutôt à une suite d’épisodes plus ou moins chanceux, qu’il nous conte en tant que narrateur.

Oublions aussi les magiciens du même nom : David est né sans connaître son père, mort trop tôt, dans l’Angleterre victorienne, et il grandit avec une mère aimante ainsi qu’une servante dévouée, Peggotty. Un beau jour, la mère du petit David rencontre un homme et décide de se remarier avec lui, mais la servante tente de la dissuader, sentant que ce n’est pas un homme bien pour elle. En effet, dès les jours suivant le mariage, David voit sa mère bridée dès qu’elle tente d’avoir des gestes affectueux pour lui, son mari considérant que ceux-ci sont déplacés dans leur société. Petit à petit, la mère se laisse dépérir de tristesse alors que David a été envoyé à l’internat à Londres. A sa mort, encore très jeune et confié à la garde de son beau-père, David se voit obligé de travailler dans une usine pour survenir à ses besoins.

C’est à ce moment-là qu’il décide de fuguer pour retrouver sa grande-tante qu’il ne connaît pas, et le chemin entre Londres et Douvres est bien long quand on se fait voler ses affaires et importuner… mais cette tante accepterait-elle de l’aider, alors même qu’elle avait refusé de le voir à sa naissance, sous prétexte que ce n’était pas une fille ? Pourra-t-il grandir en toute quiétude et se faire une place dans la société ?

Au delà d’une histoire personnelle, les aventures de David permettent de dépeindre une société dure et froide. Londres se peuple de plus en plus et il n’est pas évident de subsister à ses besoins, et les tensions entre classes sociales sont toujours bien présentes. De même, les relations inter-personnelles dans la classe moyenne sont soumises à des codes plutôt stricts, et chaque mot ou attitude est sujet à interprétation. David sait bien s’y conformer, mais il ne comprend pas le carcan des classes sociales, ce qui lui permet de faire des rencontres hors du commun et de lier des amitiés profondes avec des gens issus de différents milieux.

Ouvrez ce roman quand vous aurez beaucoup de temps : non seulement il est très long, mais vous aurez aussi toujours envie d’en savoir plus malgré un rythme assez lent. Vous vous régalerez aussi de l’ironie, présente à chaque page, de notre jeune narrateur – ou bien serait-ce de l’auteur ? – à travers son regard d’une naïveté extrême sur ce ou ceux qui l’entourent, et tenterez probablement de trouver quelques indices sur l’interprétation autobiographique de ce roman de la vie de Charles Dickens. Quoi qu’il en soit, vous deviendrez ce jeune David le temps de votre lecture, et il restera quelque part en vous pendant un petit moment.

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