Un film troublant, si troublant… Dès la première scène, on est happé par cette ambiance particulière dans un amphi. Des étudiants ? Non, des militants d’ActUp, une association parisienne défendant les droits des malades du Sida dans le début des années 90, s’y retrouvent afin de débriefer sur une action qu’ils viennent de mener pour attirer l’attention du grand public et des médias. En effet, le Sida est une épidémie assez récente et ils déplorent le manque d’information autour de la maladie, l’absence de campagnes de sensibilisation par le gouvernement de Mitterrand, et l’indifférence non assumée des laboratoires pharmaceutiques.

Rapidement pendant l’échange, quelques personnalités sortent du lot avec Thibault, le président de l’association, Nathan, le timide nouveau venu, ou Sean, un peu grande gueule. La plupart d’entre eux sont touchés par la maladie, mais certains personnages sont juste là pour soutenir la cause des homosexuels, prostituées ou toxicos, populations parmi les plus touchées par le fléau.

Il y a peu d’action dans ce film, mais chaque débat est filmé au plus près, les actions menées sont filmées caméra à l’épaule, et il y a de nombreux gros plans sur les visages de quelques personnages, mettant à nu certaines émotions. De plus, le ton des échanges est très réaliste, et captive dès le début : le spectateur est projeté au milieu du film et y reste jusqu’à la fin, alors que l’un des personnages joue son dernier combat contre la maladie.

Entre chaque scène importante, on voit les personnages danser sous les stroboscopes, comme si ces moments de lâcher-prise leur permettaient de ne plus penser à cette maladie rampante. Leurs histoires personnelles et amoureuses montrent que leur investissement fait écho à un moment précis de leur vie, celui où la maladie les a rattrapés par manque d’information ou désinformation ; ainsi, l’affaire du sang contaminé tient une place tout aussi importante que les relations sexuelles non protégées ou les contaminations via seringues usagées.

Sensibles s’abstenir cependant : j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps et j’ai encore bien du mal à m’en remettre. La douleur des personnages et leur solitude face à la maladie m’a fait prendre conscience que la vie ne tient qu’à un fil, fragile de surcroît, quand on n’a pas l’écoute bienveillante des systèmes de santé ou de la société. La lutte homosexuelle peut prendre bien des formes, et la représenter dans cette souffrance universelle face à la maladie fait que ce film est très réussi. Il ne laissera personne indifférent. Sortez vos mouchoirs.

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