Quand on est une petite prof de campagne, difficile d’imaginer qu’on puisse devenir riche en un claquement de doigt… (sauf si les élèves donnaient un pourboire à leurs enseignants une fois le bac en poche ? Note pour plus tard : idée à mentionner à mon prochain cours…)

Après les quelques frayeurs que ce sont fait les économistes avec les courbes décroissantes de Wall Street ces derniers jours, l’histoire incroyable d’un beau jeune homme qui parvient à se faire embaucher par la Firme, une des plus puissantes entreprises de Wall Street au début des années 80, prend de l’épaisseur. Très vite, il montre son talent pour spéculer là où il peut gagner gros, et il fait sa place dans l’entreprise. Comme d’autres traders de son entourage, il flambe cet argent gagné très/ trop vite et cette jeunesse dorée se consume par tous les bouts : sexe, drogue, alcool, grosses voitures et vêtements hors de prix, sous le toit d’une maison qu’on ne pourra jamais s’offrir…

Il paraît que dans ce métier à Wall Street on part à la retraite à 40 ans, peut-être par manque de moelle avec l’âge… mais ce n’est pas ce qui est arrivé à notre narrateur : il s’est fait virer bien avant cela, à la suite d’une soirée excessive avec un de ses clients et du doute qui commençait à s’insinuer en lui. Bilan : il laisse tout à sa femme qui demande le divorce le jour de son licenciement, et va vivre dans un appartement miteux. Comment peut-on recommencer à vivre « normalement », sans argent qui tombe du ciel et en devant tout compter ?

Le narrateur donne un récit assez décousu, comme son fil de pensée pourrait l’être. Il déprime face à ce qu’est devenu sa vie, puis redevient enjoué en contant les folles années de sexe et de drogue qu’il a vécu, mais la réalité lui retombe dessus d’un seul coup… sans oublier la terreur nouvelle dans les années 80 de ce fléau, « l’amour qui tue », le sida dont on ne connaît rien et qui pourrait être tapi en lui alors qu’il n’ose pas aller faire le test.

Il est intéressant de voir cette jeunesse dorée sous un autre angle : de ce groupe de jeunes insouciants et détestables par leur arrogance, on apprend à découvrir un homme seul sans artifice, sans passion, mais qui devient touchant. La nostalgie du temps passé à « vivre » cède le pas à une vie quelque peu tapie dans l’ombre, proche de la survie dans un New York sombre, sale, mal fréquenté, proche des bas-fonds de Gotham City. Finalement Icare a volé trop haut parmi les gratte-ciels new-yorkais et il s’est brûlé les ailes…

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