Il y a des sujets qui sont rarement traités en littérature… certes l’amour impossible revient très régulièrement, mais s’attaquer à l’amour entre frère et sœur est tout à fait particulier. Yves Jacob place son intrigue dans un contexte historique un peu troublé, alors qu’Henri IV vient d’accéder au pouvoir et fait sourire le pays avec ses frasques amoureuses, et que les tensions entre catholiques et protestants tendent à se dissiper sans pour autant être oubliées.

Un peu d’amour fraternel n’est rien de mal en soi, mais il est passionné et profond depuis la plus tendre enfance de nos deux protagonistes, Julien et Marguerite de Ravalet. Les deux normands de Tourlaville, issus d’une famille noble depuis quelques générations, sont pourtant la fierté de leurs parents. Beaux, vifs d’esprit, joyeux, ils sont appréciés de tous, mais on se rend vite compte que leur relation fusionnelle pourrait poser problème une fois qu’ils atteindront leur puberté. Jean III et sa femme Madeleine envoient donc Julien au collège en tant qu’interne, sous la garde de son grand-oncle l’abbé de Hambye. Se peut-il que l’éloignement ait raison de leur attirance ?

Non, bien sûr, car dès le moment où ils se retrouvent quelques années après avoir été séparés, ils franchissent le pas et commettent l’inceste… Ainsi commence une très belle idylle entre ces deux adolescents qui se ressemblent comme deux goûtes d’eau, sans cesse interrompue par les décisions prises par leurs parents pour contrer les rumeurs allant bon train. Marguerite sera mariée à un mari violent loin de Tourlaville, et Julien sera envoyé au séminaire à Paris pour prendre la suite de son grand-oncle dans l’Église, mais jamais leur amour ne perdra sa force.

Le récit et les dialogues sont contés dans une langue mêlant le vieux français et ses tournures archaïques d’il y a 400 ans à une langue plus moderne pour ne pas perdre le lecteur d’aujourd’hui. Parfois quelques poèmes d’écrivains de l’époque comme Ronsard sont cités, et laisse apercevoir l’évolution des tournures, du vocabulaire et de l’orthographe depuis les origines du français. On découvre aussi l’organisation quotidienne des familles nobles ou bourgeoises, et une petite promenade dans les vieilles rues parisiennes proposent des descriptions pittoresques, mais ne font jamais perdre de vue l’amour profond qu’il y a entre Julien et Marguerite. Très vite on comprend que le contexte importe peu, car cette romance est universelle. Que peut-il advenir de ces deux êtres, dont le seul tord a été de s’aimer à l’encontre des valeurs sociétales et religieuses ?

Certains passages dévoilent beaucoup de violence, d’autres au contraire de l’amour charnel passionné, et chacun pourra être choqué de ce que ces pages dévoilent. Cependant, contre toute attente, ce roman n’est pas une fiction et met en avant ce fait divers qui a profondément marqué la Normandie. Récemment librement adapté en film (voir ci-dessous), cette histoire tragique vous donnera de quoi bien réfléchir, et vous fera traverser les rues de Tourlaville avec un œil bien différent à l’avenir…

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