L’affiche de « La forme de l’eau » m’a un peu tapé dans l’œil, bien avant que j’entende à la télé que c’était le film de Guillermo del Toro et que tout le monde l’appréciait. Me voilà donc partie au Studio, le cinéma associatif local, pour le voir en VO. Une voix off, au début, raconte cette histoire d’amour et capte l’attention tout de suite.

Nous voilà propulsé dans le Baltimore, « ville que tout le monde déteste », des années 60. La télévision s’est démocratisée, les Cadillac occupent les rues, et Elisa, notre protagoniste, muette mais pas sourde, travaille comme femme de ménage dans un centre de recherche de l’armée américaine en binôme avec Zelda, une afro-américaine qui n’a pas sa langue dans sa poche. Toutes les deux nettoient les laboratoires et sont extrêmement discrètes sur ce dont elles peuvent être témoins… jusqu’au jour où Elisa aperçoit un être qui semble la captiver tout de suite, capturé en Amérique du Sud et considéré comme un dieu par les populations autochtones… Elle parvient à communiquer avec l’homme amphibien assez rapidement à travers la langue des signes ou la musique et elle s’attache à lui. Cependant, le responsable du labo de recherche a décidé de le faire tuer pour l’analyser lors d’une autopsie, mais c’est sans compter le courage et l’amour d’Elisa, aidée de son meilleur ami, pour permettre à l’amphibien de s’enfuir.

On espère (et on sent) dès le début du film qu’il est plein de bonnes intentions. Bien sûr, le méchant est très méchant et quelques scènes peuvent choquer (ou faire rire) les chochottes comme moi, mais les gentils sont bien là pour défendre la cause de l’amour et de l’amitié. De plus, au-delà d’un décor assez sombre très marqué steam punk, de la poésie est créée par le personnage muet d’Elisa et les gros plans sur son visage. Elle ne peut s’exprimer que par la gestuelle de son corps comme l’homme amphibien, et cela crée comme un noyau d’énergie positive autour duquel d’autres personnages gravitent. La présence de l’eau dans la première scène ainsi que la dernière donne aussi un côté féerique à cette histoire d’amour, entraînant en douceur le spectateur dans un monde à la fois réaliste et fantastique.

Des faits historiques viennent renforcer ce réalisme car le contexte est plus que troublé dans l’Amérique des années 50 et 60. La Guerre Froide et les tensions entre russes et américains dans la démonstration de force et la course à l’espace parviennent à trouver leur place dans le film, et les violents affrontements des droits civiques apparaissent brièvement aux informations. En contre-pied, canalisant l’esprit, l’écran dans l’écran de la télévision mise en abîme montre de jolis extraits de variété avec du jazz ou des chorégraphies de l’époque, sur lesquels s’amusent Elisa et son ami Giles, homosexuel solitaire qui, d’après lui, n’est pas né à la bonne époque.

Ainsi, tous les ingrédients pour faire de ce film une réussite sont réunis : amour, histoire, féerie, représentations des minorités et amitié devraient plaire au plus grand nombre !

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