Avec “La consolante” d’Anna Gavalda, publié en 2008, je m’attendais à avaler les quelques 630 pages d’un seul coup, mais j’avoue avoir eu du mal au début à entrer dans l’histoire. J’avais déjà découvert deux de ses livres auparavant, “J’aimerais que quelqu’un m’attende quelque part”(1999), et “Ensemble, c’est tout”(2004), que j’avais dévorés.

Le protagoniste, Charles, a 47 ans, et se sent mal dans sa vie. Il n’est plus heureux dans son couple, et il ne s’épanouit plus vraiment à travers les contraintes de son travail d’architecte. Un beau jour, il apprend le décès d’une femme ayant marqué son enfance et son adolescence. Il se plonge alors dans ses souvenirs, parfois contre sa volonté, et dresse petit à petit un bilan de la vie qu’il a menée jusque là.

Les trois cents premières pages sont le reflet de son âme fatiguée et de son corps fourbu, ce qui donne l’impression au lecteur de porter aussi son fardeau. Les phrases sont jetées pêle-mêle, souvent sans sujet grammatical, au travers de quoi on sent la plume incroyable de l’auteur, qui parvient à faire entièrement ressentir les douleurs de son personnage à celui qui la lit! D’ailleurs, on retrouve dans ces pages ce qui fait de l’écriture d’Anna Gavalda sa différence : elle sait planter un décor dans lequel les personnages sont seuls et se battent pour vivre ou survivre dans un quotidien qui ne les satisfait plus. Mais je fais partie de ses gens qui ont besoin de lire pour alléger le quotidien, et j’aime donc me laisser embarquer dans de belles aventures détachées des soucis qui nous ralentissent dans nos vies, ce qui explique sans doute mon manque d’enthousiasme pour cette entrée en matière.

Par contre, l’aventure, je l’ai trouvée dans le reste du roman, et là, je n’ai plus pu poser ce livre! Pour faire son travail de deuil, Charles retrouve son ami d’enfance, qui était le fils de cette femme récemment enterrée, en pensant que cela l’aiderait à tourner la page et reprendre sa routine. Finalement, le destin place sur sa route de nouvelles personnes qui lui redonnent le goût de vivre et l’envie d’aller de l’avant…

Je ne peux bien sûr pas vous en dire plus, pour ne pas gâcher l’effet de surprise lorsque vous lirez ce roman! Vous vous rendrez compte par vous-même que d’un coup, le style d’écriture s’allège et nous ressentons, comme Charles, la sensation de respirer à pleins poumons.

De plus, dans la première moitié du roman, le narrateur se permettait quelques interruptions pour nous rappeler de garder des distances avec le personnage principal (chose qu’apparemment je n’ai pas réussi à faire!) ; mais il s’efface au bout d’un moment pour nous laisser pleinement le plaisir de vivre de belles choses en même temps que Charles. On apprend tout au long de ces lignes que la richesse, c’est de cultiver sa différence, de ne pas rentrer dans les clous, et de partager sans réserve ce que l’on est avec les autres. Qu’ils soient proches où inconnus? Peu importe, après tout, car si vos sensations vous disent que vous pouvez avoir confiance, croyez-les, vous aurez peut-être, comme Charles, de belles surprises…

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