Quel bel accès d’altruisme de la part de Jonathan Swift, célèbre auteur des « Voyages de Gulliver », de se pencher sur le problème insoutenable du grand nombre de pauvres dans les rues et de leurs ribambelles d’enfants, en ce début de XVIIIème siècle en Irlande ! Que faire pour soulager tous ces estomacs affamés, tout en écartant des regards bourgeois, je cite, ces « mendiants professionnels » ?

La réponse est toute trouvée : le cannibalisme !! « Un bébé sain et bien nourri constitue à l’âge d’un an un plat délicieux, riche en calories et hygiénique »  que l’on pourrait vendre aux familles riches du Royaume limiterait l’accroissement de la population dans un pays soumis à des difficultés économiques !! Ainsi, plus d’avortements, d’enfants mal nourris, ou de parents dépassés par des dépenses imposées pour nourrir ou vêtir leurs rejetons ! Pourquoi n’y a-t-on pas pensé plus tôt ?

Pardon aux âmes sensibles, car ce pamphlet, au vu de son détachement et de sa froideur quant à la jeune relève de la nation, paraît terrible… Mais quoi de mieux pour dénoncer le manque d’intérêt d’un pays envers ses habitants, que d’adopter le ton des dirigeants tout en le gonflant (à peine) de considérations économiques ?

Le ton, digne d’un vieux scientifique en pleine réflexion, est d’un humour noir décapant très accessible malgré les 300 ans qui nous séparent de son écriture. Le lecteur ne pourra que se régaler (hum hum…) à une telle lecture, et la quinzaine de pages du pamphlet vous paraîtra passer trop vite. Fort heureusement, la collection Folio propose dans ce recueil d’autres nouvelles toutes aussi croustillantes par leur décalage ! Allez-y, c’est 2 euros !

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