Un best seller ne peut qu’attirer mon attention… mais parfois il faut un peu de temps avant de pouvoir l’ouvrir ! Comme d’habitude, sans savoir de quoi ça parle à l’avance, je découvre avec surprise que Vernon, celui du titre, est sur le point d’être viré de chez lui par les huissiers pour cause de loyers non payés. L’ancien disquaire, ayant du fermer boutique il y a quelques temps, a pu être dépanné pendant quelques mois par un copain ayant réussi dans la musique et croulant sous l’argent. Mais le hic, c’est que Vernon vient d’apprendre la mort de cet ami, Alex Bleach, et au-delà de son chagrin, il comprend bien qu’il n’aura plus son aide !

Vernon fait donc le tour de ses contacts Facebook pour voir qui pourrait l’héberger, et ainsi commencent quelques mois de dépannage à droite et à gauche, permettant ainsi de découvrir une suite de chapitres à la focalisation changeante donnant de la profondeur à chaque personnage gravitant autour de lui. Par cette approche, très vite les personnages n’ont plus le moindre secret pour le lecteur, car leur côté noir ressort toujours : chacun y va de son addiction à la drogue, au sexe, à l’apparence, à l’autre, et même si l’on a l’impression d’un catalogue de personnages sans aucun rapport les uns avec les autres dans leurs vies, ils dépeignent un Paris moderne, sombre, sans réelle porte de sortie pour ceux qui souffrent. Ils sont nombreux d’ailleurs, ceux dont la vie leur a fait perdre la direction de leurs rêves. Les choses peuvent-elles s’arranger pour eux ? Vernon peut-il lui aussi retomber sur ses pieds et repartir à zéro dans la vie, malgré ses 50 ans ?

Le style s’affranchit des règles de ponctuation habituelles, de même que les personnages ne respectent plus toujours ce que leur impose la société, et le discours indirect libre permet une succession de gros plans sur les personnages en floutant les limites entre chacun. Le résultat final est finalement assez réussi car on se découvre un peu dans les problèmes de chacun… Quant au côté sale et dérangeant de la consommation de drogue régulière de certains personnages ou de leurs propos politiquement très incorrects, si l’on parvient à en faire abstraction, on adhère au « style Virginie Despentes », 100 fois plus trash que celui de Frédéric Beigbeder dans les romans que j’ai pu lire de lui. Grâce à ces auteurs, une certaine littérature moderne tente de sortir des sentiers battus, et se refuse à faire du « beau » avec le monde d’aujourd’hui. Une génération désenchantée trouve un moyen de s’exprimer et on ne peut que l’encourager. Mais attention, âmes trop sensibles, s’abstenir.