« Au revoir là-haut » s’est dévoilé à moi sans que je parvienne initialement à comprendre sa bande annonce, qui avait été vue sur toutes les chaînes lors de sa sortie au cinéma et avait l’air d’emballer le public. Trop déjanté pour moi peut-être… Mais allez, on s’essaye au film sans lire le livre d’abord (une fois n’est pas coutume!) et sans aucune idée du contenu.

C’est ainsi que je découvre le personnage d’Albert (joué par Albert Dupontel) en train de témoigner dans les locaux de la police marocaine, en garde à vue. Il doit expliquer comment il en est venu à travailler avec Édouard (Nahuel Perez Biscayart, récemment découvert par le grand public dans « 120 battements par minute »), ce qui expliquera pourquoi il en est venu à être arrêté. Les deux hommes se sont rencontrés à la guerre dans les tranchées. Le jeune Édouard a sorti Albert d’un trou dans lequel il est tombé pendant un bombardement et où il menaçait de mourir étouffé ! De la gratitude (sans doute?) pousse Albert à aider son jeune camarade par la suite, alors qu’il a été très grièvement blessé et défiguré. Édouard a perdu le bas de son visage, et doit désormais se cacher. Artiste depuis toujours, il se camoufle derrière des masques qu’il fabrique, tous plus stylés les uns que les autres, apportant une couleur inattendue au film. De plus, incapable de faire face au regard des autres, Édouard préfère se faire passer pour mort aux yeux de sa famille, et surtout de son père avec qui il a toujours eu des rapports conflictuels. A travers l’appel d’offre de son père pour faire construire des monuments aux morts, Édouard trouve un moyen de continuer à lui pourrir la vie, redonnant du sens à sa vie de reclus.

Je reste perplexe quant au contenu de ce film : la mise en scène d’une gueule cassée de la Première Guerre est intéressante et peu traitée dans le cinéma jusque là, mais le déguiser de masques anachroniques me perturbe… certes, on peut comprendre les hommages ou clins d’œil anticipés à des artistes picturaux de l’époque et même apparus plus tard, mais pourquoi jouer avec ce décalage chronologique ? De plus, le personnage d’Édouard se trouve un perroquet à travers la petite fille qui traduit sans difficulté en bon français tous ses grognements, mais n’est-ce pas un peu trop simpliste et surtout déjà exploité dans d’autres films ? Enfin, le méchant incarné par Laurent Lafitte, est juste un gros méchant stéréotypé et ne montre aucune profondeur…

Je n’ai pas l’habitude d’être négative sur mes critiques, car bien souvent, en tant que lectrice lambda, je suis bon public… mais l’auteur du roman, Pierre Lemaître, a eu le prix Goncourt en 2013, alors mes espoirs étaient grands ! Malgré tout, il est évident que l’on passe un excellent moment devant l’écran, notamment grâce à des images très esthétiques, un ton dans la narration n’allant pas sans faire penser à celui de Jean-Pierre Genêt dans « Amélie Poulain », le personnage d’Édouard qui est très attachant, et son amitié avec Albert et la petite fille.

A voir, mais en se préparant mieux que moi à accepter le léger décalage de ton par rapport aux films habituels sur les guerres du XXème siècle !

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