Surprenant ce Louis Hamelin qui décide d’intituler son roman comme un précédent Hamelin l’avait fait avec « Le Joueur de Flûte »… des points communs ? Quelques-uns, dont le motif des rats qui revient souvent dans les souvenirs de Ti-Luc, qui en débarrassait son jardin à coups de carabine quand il était petit, alors que le joueur de flûte du conte en débarrassait la ville…

Cependant, ce qui est au centre de ce roman, c’est la recherche du père (contrairement à l’enlèvement d’enfants dans le conte!) et l’envie de tout quitter pour trouver son moi profond. Le jeune québécois décide du jour au lendemain de tout quitter pour rejoindre une île, à l’ouest de Vancouver, sur laquelle sa mère l’aurait conçu à l’époque des hippies avec un écrivain un peu allumé.

Le mythe de l’ouest est ainsi présent dans la littérature canadienne, car symbole de liberté totale : sur l’île Mere, la nature est reine, et les règles ne s’appliquent pas comme sur le continent. Les Indiens Onani’s se battent pour sauvegarder leur terre, et Ti-Luc se trouve mêlé à leur combat contre la destruction de la forêt, tout en tentant de comprendre d’où il vient. Ainsi l’ordre établi des puissantes multinationales est remis en cause, tout comme celui des familles qui se sont délitées avant même d’exister. La raison est aussi mise à mal, entre les hallucinations liées à des produits consommés sur place et les expériences internes de chacun. Tout cela crée un monde à part, utopique comme la réputation de la communauté d’allumés vivant sur l’île, mais opposant un front non négligeable face à ceux qui ne voient que leur profit face à la destruction de l’écosystème local.

Pour ma première lecture québécoise, je suis servie : mythe de l’ouest donc, mais aussi de nombreux rappels à la culture hippie des années 60 sur la côte ouest américaine, et une folie ambiante, personnelle, toute liée à la société actuelle qui ne laisse que peu d’espace à ceux qui souhaitent s’en affranchir un tant soit peu. Le ton est décalé, ironique, renvoyant parfois à une culture canadienne un peu obscure pour moi, mais il se construit une identité propre. Que l’on adhère ou pas, la plume de l’auteur nous propose un voyage à travers une Amérique moderne et impitoyable, dans laquelle la survie est un combat personnel.

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