Pour vous occuper l’esprit sous la chaleur estivale de ce week-end, je vous invite à lire « La cité de la joie ». Côté chaleur, vous sentirez qu’il y a bien pire, mais en ce qui concerne le confort qui vous entoure, vous l’oublierez en vous laissant guider dans un des bidonvilles les plus pauvres de Calcutta.

L’Inde a connu dans les années 70 et 80 une accélération de la pauvreté, ce qui a poussé des millions de gens à s’installer dans des cloaques où la dignité humaine paraît oubliée. Hasari Pan est l’exemple type des paysans dont les terres ont tant souffert de sécheresse qu’ils ont du partir à la ville avec leurs familles pour trouver du travail. L’arrivée à Calcutta, vue à travers ses yeux, fait peur tant elle est peuplée, vivante, labyrinthique. Comment trouver du travail et gagner quelques roupies pour nourrir sa famille ? Là où rien ne se fait sans relations géographiques ou liens familiaux et amicaux, il parvient à trouver un « rickshaw » (une sorte de charrette où l’homme se place entre les brancards pour la tirer) pour transporter des clients pressés à travers la ville déjà embouteillée.

Parallèlement, nous suivons l’arrivée du prêtre français Paul Lambert, qui, lui, choisit délibérément de vivre au cœur du bidonville surnommé « la cité de la joie » afin d’être auprès des plus pauvres. L’adaptation au milieu est dur, entre la vermine qui pullule, les égouts débordants, la chaleur suffocante et la souffrance de chaque homme, femme et enfant due à la faim et à la maladie. Paul fait sa place en aidant ceux dans le besoin et en donnant de l’amour à chacun.

Le récit est romancé mais est formé de témoignages glanés ici et là, afin de décrire la vie à Calcutta de la manière la plus réaliste qui soit. Les faits sont réels et les personnages ont bel et bien existé, ce qui ne peut que toucher le lecteur au plus profond tant la misère est omniprésente. Et malgré tout, chaque témoignage revient sur le bonheur que tout être trouve au fond de lui en certaines circonstances, et sur l’espoir porté en un avenir meilleur. Comment trouver de telles ressources en soi, et en retirer de la force pour continuer à vivre un quotidien loin d’être rose ?

L’incompréhension règne en filigrane sur l’absence de réaction du gouvernement en place pour améliorer les conditions de vie des Indiens. De même, les bakchichs sont monnaie courante et on ne peut rien obtenir sans débourser quelques roupies, ce qui place sans cesse les pauvres dans un état de manque et les empêche de sortir de leur condition. Fort heureusement, la volonté d’une poignée d’hommes et de femmes tels que Mère Teresa ou Paul Lambert permettent une élévation spirituelle et médicale de cette société jusque là délaissée. L’entraide, l’amour et l’espoir sont les valeurs portées par le peuple indien, et ce livre en est le porte-parole idéal. Les lecteurs sensibles auront peut-être bien du mal à supporter quelques passages descriptifs, mais ils sortiront grandis de ne pas avoir flanché et d’avoir soutenu, à travers ces lignes, ces gens qui, eux, finissent toujours par être heureux avec le peu qu’ils ont. Incontournable.