Puisqu’il est rare de voir une femme entrer au Panthéon, et encore plus rare aussi rapidement après sa disparition, il apparaît comme une évidence de lire, enfin, le récit de sa jeunesse, extraite de son autobiographie intitulée « Une Vie ».

Sa forte personnalité s’est probablement affirmée pendant les épreuves qu’elle et sa famille ont vécues à l’époque de la Shoah. Arrêtée puis déportée en 1944 au camp d’extermination d’Auschwitz, elle a eu la chance d’être écartée, avec sa mère et sa sœur, de la rampe menant directement aux chambres à gaz afin de travailler sur place. La plupart du temps elle faisait des travaux de terrassement totalement inutiles, nourrie de très peu et subissant les humiliations des Kapos du camp régulièrement. A chaque convoi de juifs arrivant au camp, elle ravalait ses larmes à l’idée de ce qui les attendait, cette extermination inhumaine, et dont ils ne se doutaient pas un instant. Plus tard elle a pu travailler dans une usine de Siemens, un peu en dehors du camp, ce qui lui a permis d’échapper aux bombardements des Alliés, mais de vivre les « marches de la mort » sous les ordres des soldats SS, fuyant l’arrivée des soldats russes.

D’une écriture très fluide et poétique, cette jeune fille de bonne famille nous permet de vivre sa jeunesse dorée puis la déportation et enfin son retour à Paris et la vie réelle, en mêlant événements datés et sentiments personnels, et quelques photos personnelles. Elle ne s’attarde pourtant à aucun moment sur des expériences traumatisantes, et la dignité de son ton permet d’éviter les moments larmoyants, qui auraient toute légitimité à être légion.

A son retour en France, orpheline de père et mère et ayant aussi perdu son frère, elle eut bien du mal à parler de ce qu’elle a vécu comme déportée, face au mur sourd de ceux qui souhaitaient se protéger eux-mêmes des horreurs de la guerre et d’un génocide. Cependant, son personnage public a régulièrement su faire entendre cette partie de l’histoire lors de discours, certains étant rassemblés à la fin de ce livre, afin de mobiliser les populations du monde entier à ne pas reproduire les mêmes choses. Le combat de Simone Veil en tant que femme et politicienne fut bien plus varié, même si les détails ne sont pas donnés ici car les chapitres choisis ici s’arrêtent en 1954. A retrouver donc dans sa biographie complète, « Une vie ».