Quoi, Voltaire a écrit de la science-fiction ? Un texte avec des extra-terrestres en plus ! Jamais entendu parler de « Micromégas » (et ce n’est pas le nom d’un magasin de dépannage informatique…)

Alors bien loin des méchants petits hommes verts qui nous sont tombés dessus, que l’on trouve plutôt dans la littérature du XXème siècle, Voltaire nous présente un habitant d’une planète près de l’étoile Sirius ayant choisi de visiter le monde après avoir été banni de la Cour. Haut de 8 lieues, à l’échelle de sa planète sans doute, il voyage vite d’une planète à l’autre, et en arrivant sur Saturne il rencontre un de ses habitants, avec qui il fera le reste de ses voyages. En arrivant sur Terre, ils trouvent moyen d’observer des hommes à travers une sorte de microscope, et discutent sur leur capacité à penser et à communiquer… et preuve est faite que malgré la taille ridiculement minuscule de ceux-ci, en créant un moyen de communication, ils peuvent avoir une discussion philosophique sur ce qu’est l’âme et à quel niveau d’intelligence ils sont arrivés.

Sept parties composent ce texte d’une trentaine de pages et dévoilent plusieurs tableaux, ce qui le rend relativement facile à lire. Cependant, il faut accepter au tout début l’absurdité de la situation avec ce Sirien plus grand que ce que l’on peut imaginer, et ses voyages dans l’infini du monde. De plus, les questionnements philosophiques et scientifiques, bien que très abordables, relèvent ce récit au-delà du simple conte ; et même si l’humour est présent à travers les situations ou certains dialogues, le lecteur est voué lui aussi à s’interroger sur des concepts philosophiques et scientifiques au centre des débats du siècle des Lumières, dont la question de l’anthropocentrisme qui faisait déjà débat. La littérature trouve elle aussi sa place à travers des mentions des « Voyages de Gulliver » de Jonathan Swift ou Cyrano de Bergerac, ainsi que des faits d’actualité comme les guerres du début du XVIIIème siècle.

L’origine de ce texte est assez floue – a-t-il été d’abord improvisé à l’oral pour amuser la galerie à l’époque de la retraite de Voltaire chez Mme de Châtelet à Cirey, alors qu’il n’était pas le bienvenu à la Cour ? Ou est-il une réécriture d’un texte publié précédemment, « Le voyage du baron de Gangan » ? Quoi qu’il en soit, ce récit a une identité qui lui est propre, mêlant conte fantastique, réflexion philosophique et scientifique, et une « fadaise » d’après les propres mots de Voltaire, une farce… On peut même sentir l’effacement des limites dès le titre, avec ce concept créé de deux opposés pour créer une entité nouvelle : entre l’infiniment petit et l’infiniment grand, on comprendra alors qu’il y a tout à découvrir…